S’ouvrir au monde et refuser la haine

Alors que ces dernières semaines ont vu se déverser haine et discorde, il nous semble essentiel, en cette veille d’élection présidentielle, de réaffirmer les valeurs qui sont celles de la Cinémathèque de Grenoble : respect, écoute, curiosité envers l’autre, défense des droits fondamentaux de chacun, dont la culture est une part – pour nous – essentielle.

Nous relayons ici le communiqué de presse de 103 cinéastes, auquel nous nous associons pleinement.

Communiqué de presse

02/05/2017

Cinéastes, nous nous engageons contre le FN et son idéologie mortifère qui menacent les arts et la France

Le cinéma, comme toutes les autres formes d’art, abolit les frontières.

Quelle que soit sa nationalité, un réalisateur, par les questions qu’il se pose, son regard sur le monde, s’adresse à n’importe quel autre être humain d’où qu’il vienne. Cette adresse, ce dialogue, crée des liens. Une reconnaissance de notre humanité commune.

C’est l’une des raisons qui explique que les cinéastes ont toujours été attentifs au traitement réservé aux étrangers en France, aux exilés, aux réfugiés, aux migrants.

La situation politique française actuelle nous engage tous. Individuellement et collectivement.

L’arrivée du Front National au pouvoir serait une épouvante et une désolation. Cette seule possibilité nous plonge dans la colère et la tristesse.

Suppression du droit du sol. Fin du regroupement familial pour les étrangers installés ici. Fin de l’acquisition de la nationalité française par le mariage. Impossibilité pour les immigrés illégaux d’être régularisés. Leur programme concernant les étrangers est une abomination.

Le reste n’est pas mieux : sortie de l’Europe, restriction du droit de manifester, rétablissement de la peine de mort ou peine incompressible à vie, responsabilité pénale pour les mineurs à partir de 13 ans, déremboursement de l’IVG, etc.

Depuis des années, les différentes organisations professionnelles de la culture se battent pied à pied contre des associations dans la mouvance de l’extrême droite qui cherchent à faire interdire la diffusion de certaines œuvres. Car c’est aussi cela le Front National : la censure érigée comme principe, la mise sous tutelle de la presse, la disparition de certains livres dans les bibliothèques, de certaines œuvres d’art dans les expositions, de pièces de théâtre ou de films dans les salles. Des baisses de subvention partout où il serait souvent raisonnable de les augmenter pour recréer du lien social et un accès plus égalitaire à la culture.

En dehors de leur programme, l’accession au pouvoir du Front National libérerait le nuage d’énergies toxiques qui plane déjà au-dessus de nos têtes. Et la haine d’une fraction (ou d’une faction) de ses électeurs envers les étrangers, les homosexuels, les juifs, les arabes, les noirs, tous ceux qu’ils détestent parce qu’ils ne leur ressemblent pas, ou parce qu’ils leur ressemblent trop, mettrait en danger une large partie de la population. Le risque est grand alors que la violence verbale, déjà à l’œuvre sur les réseaux sociaux de la part de la fachosphère, se transforme en actes, c’est-à-dire en violence physique, envers tout ou partie de ceux-là.

Le Front National structure en partie la vie politique française depuis plus de 20 ans. La division entre tous et en chacun de nous est déjà à son comble.

Ne nous y trompons pas : ces divisions et cette structuration autour de leur idéologie mortifère seront atténuées ou renforcées en fonction des résultats du 2ème tour.

L’extrême droite au-dessus de 30 ou 35 % des votants exprimés et c’est tout le travail mené par les candidats de gauche au 1er tour qui volera en éclat. La capacité qu’ils ont eu de recentrer la campagne électorale autour des enjeux majeurs de la France aujourd’hui : l’urgence écologique, le travail et l’emploi, le pouvoir d’achat, la refondation démocratique… Autant d’enjeux qui doivent rester au cœur des débats, lors des prochaines élections législatives.

Pour toutes ces raisons, nous voterons contre Marine Le Pen dimanche prochain ; c’est-à-dire pour le candidat qui lui est opposé, Emmanuel Macron.

Le lien de la tribune parue sur http://www.huffingtonpost.fr

Signataires : Siegrid Alnoy, Marie Amachoukeli, Jean-Pierre Améris, Yvan Attal, Jacques Audiard, Nabil Ayouch, Luc Battiston, Xavier Beauvois, Lucas Belvaux, Emmanuelle Bercot, Diane Bertrand, Julie Bertuccelli, Thomas Bidegain, Simone Bitton, Jérôme Bonnell, Guillaume Brac, Stéphane Brizé, Mikael Buch, Claire Burger, Thomas Cailley, Robin Campillo, Laurent Cantet, Laetitia Casta, Chad Chenouga, Malik Chibane, Hélier Cisterne, Jean-Paul Civeyrac, Catherine Corsini, Costa-Gavras, Noé Debré, Emilie Deleuze, Arnaud Desplechin, Antoine Desrosières, Alice Diop, Lola Doillon, Julia Ducournau, Abbas Fahdel, François Farellacci, Frédéric Farrucci, Philippe Faucon, Léa Fehner, Pascale Ferran, Hélène Fillières, Emmanuel Finkiel, Tony Gatlif, Romain Gavras, Denis Gheerbrant, Thomas Gilou, Delphine Gleize, Fabienne Godet, Yann Gonzalez, Romain Goupil, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Arthur Harari, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Thomas Jenkoe, Sam Karmann, Cédric Klapisch, Nicolas Klotz, Gérard Krawczyk, Patrice Leconte, Louis-Do de Lencquesaing, Anne Le Ny, Jalil Lespert, Sébastien Lifshitz, Thomas Lilti, Philippe Lioret, Noémie Lvovsky, Naël Marandin, Paul Marques Duarte, Tonie Marshall, Patricia Mazuy, Agnès Merlet, Radu Mihaileanu, Jonathan Millet, Dominique Moll, Safy Nebbou, Anna Novion, Nicolas Philibert, Bruno Podalydès, Martin Provost, Katell Quillévéré, Aude Léa Rapin, Sandrine Ray, Michèle Ray-Gavras, Christophe Ruggia, Lyes Salem, Thomas Salvador, Pierre Salvadori, Régis Sauder, Céline Sciamma, Julien Selleron, Claire Simon, Jan Sitta, Bertrand Tavernier, Justine Triet, Paul Vecchiali, Elie Wajeman, Alice Winocour, Roschdy Zem, Rebecca Zlotowski