La tête d’un homme

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17 févr. 2017

Le tête d’un homme

De Julien Duvivier - 1932 - 90' - France - Avec Harry Baur (le commissaire Maigret) , Valéry Inkijinoff (Radek) , Gaston Jacquet (Willy Ferrière) ... Voir la distribution

Synopsis:
Dans un bar de Montparnasse, Willy Ferrière, las de tirer le diable par la queue, déclare tout haut qu’il accorderait volontiers un million de francs à qui le débarrasserait de sa tante, une riche Américaine dont il attend l’héritage. Quelques minutes plus tard, il reçoit un billet acceptant sa proposition et indiquant l’adresse où il peut envoyer la clé et le plan de la villa de la vieille femme. Le meurtre s’accomplit. L’assassin, un intellectuel rongé par le désespoir, laisse accuser à sa place un simple d’esprit, Joseph Heurtin, dont la tête ne va pas tarder à rouler sous le couperet. Préoccupé, le commissaire Maigret reprend l’enquête…
Critique du 12/08/2006 par Guillemette Olivier-Odicino:
« Ferrière, un noceur endetté, et sa maîtresse, Edna, sont des habitués de l’Eden, un bar de Montparnasse. Un soir, il déclare tout haut qu’il payerait volontiers quiconque le débarrasserait de sa vieille tante, dont il guigne l’héritage. Un instant plus tard, il trouve à ses pieds un petit mot acceptant sa proposition… Après Le Chien jaune et La Nuit du carrefour, ce film fut le troisième Maigret porté à l’écran au début du parlant. On pourrait avoir tendance à préférer La Nuit du carrefour, puisque son réalisateur en est Jean Renoir. Mais le film de Duvivier est meilleur, d’une fidélité éclairée à l’atmosphère de Simenon, si ce n’est à l’intrigue proprement dite. Duvivier nous plonge dans le Montparnasse de l’époque, où grouillait une faune cosmopolite et désoeuvrée, et où les bambocheurs friqués s’accoudaient au même zinc que les étudiants sans le sou. Dans les scènes au 33 (oui, pas au 36 !) quai des Orfèvres, il concentre son désir de réalisme sur le son, noyant volontairement les dialogues des inspecteurs dans un brouhaha enfumé. Pour l’assassin, ses motivations complexes, la mise en scène se fait expressionniste, les cadrages accentuent encore le malaise autour de ce crime aux racines plus existentielles que vénales. La grande scène ? Assis de chaque côté d’une table où chauffe une casserole de lait, dans une chambre de garni minable, Maigret et le criminel écoutent avec une émotion partagée une chanson de Damia, invisible derrière la cloison. Valéry Inkijinoff, dostoïevskien, et Harry Baur, lourd, mutique, comme fasciné par sa proie, sont superbes. «