Eric Dufour sur David Lynch

Notre ami Eric Dufour était invité mercredi à l’émission Les Nouveaux chemins de la connaissance sur France culture.

Vous pouvez retrouver le podcast de son intervention, ainsi que l’ensemble du cycle radiophonique consacré au réalisateur en cliquant sur le lien ci-dessous.

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Le livre d’Eric Dufour David Lynch : matière, temps et image, publié chez Vrin, est disponible à la Cinémathèque.

Philosopher avec David Lynch 3/4 : le temps d’un cauchemar >>> Dans le monde de David Lynch, le temps se répète mais ne ressemble pas, dans l’univers des Nouveaux chemins, les émissions s’enchainent mais ne se répètent pas, après Mathieu Potte-Bonneville, venu lundi nous parler de l’âme et du corps dans les films de Lynch, David Roche qui hier a tenté de recoller les morceaux de l’identité éclatée dans Lost Highway, avant Pacôme Thiellement qui demain s’affolera autour de Twin Peaks, c’est aujourd’hui le philosophe Eric Dufour qui vient nous montrer comme la matière, le temps et l’image sont au service d’une esthétique de l’horreur chez  David Lynch.

C’est parce qu’il est fait de matière, d’image et de temps que le cinéma peut faire jaillir l’horreur non pas seulement à l’écran, mais en nous, en estompant, par endroit seulement, la limite qui sépare le rêve de la réalité. Quel est ce monde qui nous effraie et qui ne ressemble pas au nôtre, sans lui être totalement étranger ? C’est un cauchemar, entendez, c’est un film de David Lynch. Pensez au visage du clochard dans Mulholland drive qui, en une demi-seconde d’apparition à l’écran, marque durablement notre mémoire. Rappelez-vous l’angoisse suscitée par un couloir obscur dans lequel le personnage, tout simplement disparaît.

Apparition et disparition, la ligne du temps, chez Lynch, se brise et se mord la queue en une circularité insoutenable, le mal est un virus qui se propage dans le sang et les rouge à lèvres et l’espace s’éventre au sein de l’image, tel un visage dont la banalité devient soudain effrayante.

C’est en jouant avec les limites du réel que Lynch crée l’horreur. Le rêve n’est pas le contraire de la réalité, le virtuel ne s’oppose pas au réel, nous dit Bergson, et Lynch joue de cette continuité pour rendre fou, en noyant la banalité du réel au milieu de fantasmes éveillés. Apprendre à regarder la texture de la matière pour se résigner à l’inexistence du présent : le cinéma de Lynch fait du rêve le pire ennemi de la conscience.

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