Les statues meurent aussi…

… mais le documentaire survit !

les-statuesCaptivant, poignant, cru, circonspect, réfléchi. Cinq adjectifs qui, à mon sens, caractérisent bien ce court métrage-documentaire sur l’art africain.  Réalisé en 1953 par Alain Resnais et Chris Marker, cette rétrospective a le mérite, non seulement de faire mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’une culture méconnue par les européens, mais aussi d’utiliser un style éducatif qui permet aux spectateurs de méditer en son âme et conscience.

En pleine période de décolonisation, la remise en cause d’un Etat français qui n’hésite pas à bafouer la culture indigène d’Afrique est ouvertement illustrée par ce court-métrage. Bien sûr, ancrée dans mon XXIème siècle et regardant ce court-métrage avec mes yeux d’étudiante, je ne peux qu’adhérer aux commentaires rédigés par Chris Marker. Mais cette voix qui nous guide tout au long des trente minutes raisonne dans nos têtes plusieurs jours durant. Le décalage entre le discours et les mots employés reste frappant : les africains sont appelés « nègres » et ce procédé permet aux réalisateurs de souligner l’inculture, l’intolérance d’un colonisateur piétinant le continent « noir » de ses gros sabots.

Accompagnant ces commentaires, les plans successifs sur des statues impassibles ou sur des hommes parés de leurs plus beaux atours lors de cérémonies sont d’une telle sobriété qu’ils convainquent immédiatement le spectateur tout en le déroutant. J’ai été agréablement saisie par l’audace des Statuesmeurent aussi (censuré pendant plusieurs années en France). Il est bien dommage qu’aucune chaîne de télévision ne prévoit plus de diffuser de telles œuvres engagées.

« Nous sommes les martiens de l’Afrique. Qu’il [le nègre] gagne ou qu’il perde au change, peu importe. Son art n’y survit pas ! »

Par Alix Gremillet