Frances Farmer l’insoumise !

Ce jeudi 31 mars, carte blanche à l’écrivain Mathieu Larnaudie à l’occasion du Printemps du Livre 2016

 

Grâce à la Cinémathèque Royale de Belgique, la Cinémathèque de Grenoble vous propose de découvrir un film rare en 35 mm : Come And Get It (titre français : Le Vandale), réalisé en 1936 par Howard Hawks et William Wyler, avec Frances Farmer. Il s’agit sans doute du meilleur film tourné par celle qui était à l’époque consi- dérée comme « la nouvelle Greta Garbo », mais dont la vie fut broyée par le système hollywoodien. Après une quinzaine de films tournés en six ans, l’actrice rebelle fut internée en hôpital psychiatrique, soumise à des électrochocs, victime d’humiliations et de viols, avant de finir sa vie dans un dénuement total à l’âge de 56 ans. Projeté dans le cadre du Printemps du Livre 2016, le film sera suivi d’une rencontre avec l’écrivain Mathieu Larnaudie, auteur d’une biographie romancée de Frances Farmer (Notre désir est sans remède, Actes Sud).

FrancesFarmer« Un destin profondément tragique »

Pourquoi avoir choisi d’écrire sur Frances Farmer ?
Je voulais écrire un livre sur Hollywood dans les années 30/40. Le nom de Frances Farmer revenait souvent dans ma documentation. Elle était décrite comme une per- sonnalité inadaptée, une communiste, une athée, une droguée, une alcoolique… Toutes choses qui me la ren- daient fort sympathique! C’est nalement son person- nage qui a pris consistance et j’ai compris que c’est à travers elle que je pourrais raconter Hollywood dans ces années-là.

Avez-vous revu ses films pour écrire votre livre ?
Pas tous, car ils sont difficiles à trouver. Elle n’a tourné qu’une quinzaine de lms, dont certains sont de véri- tables navets. C’était une personnalité ingérable, et les studios le lui ont fait payer en la cantonnant à des lms de série B. Elle apparaît cependant dans quelques grosses productions, comme The Toast Of New York, où elle joue avec Cary Grant, et dans Come And Get It, que je considère comme le meilleur lm de sa lmographie.

Qu’est-ce qui en fait un film particulier ?
C’est un très beau film, réalisé par deux monstres sacrés du cinéma : Howard Hawks (Rio Bravo, The Big Sleep) et William Wyler (Ben-Hur). Frances Farmer y interprète un double rôle, celui d’une mère et de sa lle 25 ans plus tard. Les deux femmes se ressemblent, mais ont des personnalités un peu différentes. Pour une actrice, c’est un véritable dé et Frances Farmer apporte un jeu tout en nuances, impressionnant.

Quelle est la part de fiction et la part de vérité dans votre livre ?
Mon roman est sans doute plus proche de la vérité que certaines biographies qui lui ont été consacrées, ou que le biopic réalisé par Graeme Clifford, dans lequel Jessica Lange joue son rôle (Frances, 1982). Il y a dans le livre une partie réinventée par l’écriture, mais tous les événements que je relate sont avérés : l’arrestation, les électrochocs, etc. Je m’appuie sur des faits réels. Il y a beaucoup de contrevérités et de choses fausses autour d’elle, comme cette histoire de lobotomie qu’elle aurait subie. C’est tout à fait fantasmé.

D’où vient la fascination qu’elle exerce encore aujourd’hui ?
Elle est liée à son incontestable talent, à sa beauté, et au caractère profondément tragique de son destin. Frances Farmer avait tous les atouts pour devenir une icône du cinéma. Mais sa carrière a été brisée parce qu’elle refu- sait de se conformer au système. À défaut d’être une icône, elle est devenue le symbole d’autre chose, d’une certaine inadéquation avec le monde du showbiz. Elle a un côté féministe hardcore pas du tout en phase avec son époque. Elle incarne l’esprit d’insoumission.

Interview réalisée par Laurent Barbotin pour la Cinémathèque de Grenoble.

Fiche du film Come and Get it!