Guerre et Cinéma

Nous vous proposons une traversée historique et géographique de la guerre au cinéma par Jean-Pierre Andrevon, avec un cycle de 4 films la semaine du 4 mars. C’est l’occasion de relire le texte de Jean-Pierre Andrevon à ce sujet.

LA GUERRE : UN GENRE CINÉMATOGRAPHIQUE À PART ENTIÈRE

La guerre est partout présente sur la planète depuis l’aube des temps, donc sur les écrans qui en reflètent les séquences. Rosny parlait déjà de la Guerre du feu et, depuis 1945, la Terre a vu se dérouler environ 90 conflits majeurs dont certains se sont soldés par plus d’un million de morts – Algérie, Vietnam. Et combien de films, considérés comme des classiques ou des chefs-d’œuvre, n’en font pas obligatoirement mention ? D’Autant en emporte le vent à Spartacus, d’Il faut sauver le soldat Ryan, à Laurence d’Arabie, du Falstaff d’Orson Welles à Alexandre Newski… La guerre est là, partout, aiguisant (au choix) notre mauvaise conscience comme notre rejet horrifié, notre sens esthétique comme notre durable fascination. Car si la guerre est en soi horrible, elle est aussi, et ne pas en tenir compte serait une belle hypocrisie, un spectacle.

Que le cinéma ne pouvait ignorer, y trouvant depuis ses premiers tours de manivelle une de ses mamelles les plus juteuses. Parfois pour témoigner, à d’autres occasions satisfaire le seul commerce avec ce qu’on peut appeler, comme il y eut le spaghetti western, le « film-de-guerre », qu’on peut considérer comme un genre à part entière. En n’oubliant pas que la guerre ne se ne résout pas à sa seule illustration littérale, voire picturale, mais qu’elle demande aussi une interprétation. Selon les réalisateurs certes, mais surtout selon les camps en présence – vainqueurs ou vaincus -, les époques, la notion de savoir s’il s’agit d’une « guerre juste » (« Une guerre est juste quand elle est nécessaire, » écrivait Machiavel) ou pas : à chaud, la guerre de 14-18 n’a pas été traitée de la même façon que celle du Vietnam, l’idéologie du moment étant insécable de la matière filmique. D’où l’idée pour moi de réunir quelques centaines de films caractéristiques autant qu’indispensable, recensés dans un ouvrage dont, à ma connaissance, il n’existait pas d’équivalent en langue française : L’Encyclopédie de la guerre au cinéma et à la télévision. Occasion pour la cinémathèque de Grenoble de compléter et illustrer mon propos par quelques films.

La place nous étant comptée, il ne pouvait être question de traverser toutes les époques et tous les conflits, de la guerre de Troie aux actuelles guerres moyen-orientales. Aussi ai-je choisi la Seconde Guerre mondiale, la plus présente sur nos écrans et ayant modelé une géopolitique dont, 70 ans plus tard, nous vivons encore les retombées. Ceci avec quatre films représentant quatre pays, quatre visions. À commencer par La Bataille du rail de René Clément, hommage à chaud (1946) de la Résistance française du côté des cheminots. Quand passent les cigognes pour avoir la vision, ici romantique, de la « Grande Guerre patriotique » vue en 1957 par Mikhaïl Kalatozov. Chez l’ennemi, Le Pont, vision lucide et désespérante des tous derniers combats du printemps 45 par Bernard Vicki, en 1959. Enfin la guérilla asiatique avec Aventures en Birmanie de grand Raoul Walsh réalisé en 1945, la guerre n’étant pas encore terminée.

 

L’Encyclopédie de la guerre au cinéma et à la télévision, Editions Vendémiaire, 2018

En débutant par la guerre de Troie pour finir par les conflits les plus contemporains, en passant par les croisades, l’aventure napoléonienne, les guerres mondiales et celles de la décolonisation, Jean-Pierre Andrevon retrace les formes et les métamorphoses d’un genre inépuisable, qui a puissamment contribué à l’évolution du récit cinématographique.

Prix du livre d’Histoire du cinéma 2018 – Festival du Film d’Histoire de Pessac