L’oeil du soutier : portrait unique de Jean-Marie Boëglin

L’ŒIL du SOUTIER

Film, durée 1h30

Film. Où il est question d’œil et de vision.

Regarder un regard, celui de Jean-Marie. Regarder ses yeux scruter les photographies grand format de sa vie d’homme de théâtre. Voir son œil disparaitre derrière celui d’Antonin Artaud, derrière celui d’Arthur Adamov ou de Bertolt Brecht. Soutenir son regard dépité par le carriérisme de certains compagnons de route. S’abimer, dans ses yeux voilés par des espérances politiques déçues. Toujours plus grands yeux que grand ventre, la vie.

Film. Où il est question d’espace. Artistique. Et politique peut-être.

Dans les espaces de création successifs dans lesquels Jean-Marie s’est retrouvé embarqué, quel corps est le sien ? Espaces de la culture populaire, ouverts à la Libération. Espace du Théâtre de la Cité, fils ainé de la décentralisation culturelle naissante soutenue par André Malraux. Espace révolutionnaire d’une Algérie indépendante et socialiste. Espace de la Maison de la culture de Grenoble avec un Georges Lavaudant, un Raoul Ruiz…

Espaces artistiques, et politiques, peut-être.

Film. Où il est modestement question d’une confrontation entre patrimoine et contemporain. D’un télescopage, entre les traces partielles d’un théâtre qui appartient maintenant au patrimoine, et des brèves sur l’aujourd’hui du théâtre.

Film. Où il n’est en rien question d’un portrait de Jean-Marie Boëglin.

Rétif à toute forme de mise en bière, l’homme est bien vivant, éructant, vif et caustique. Et toujours désireux de prendre des risques. Donc, ne pas parler, mais faire. Le film ne parle pas de Jean-Marie. C’est Jean-Marie qui parle théâtre, qui joue théâtre. Par des règles de lectures de textes emblématiques, le tournage a produit de l’instantané. L’espace du filmage, cyclo, projos, micros, est devenu le lieu du jeu – au sens théâtral et vital du terme. Comme une scène. Ultime, qui plus est. Où Jean-Marie joue avec les fantômes de grands partenaires aujourd’hui disparus. Où Jean-Marie joue en duo avec des comédiens – comédiennes – metteur(e)s en scène bien vivants, improvisant ensemble sur le fil des textes, des bonheurs et des révoltes.

Film. Qui donne aussi l’occasion rare d’entendre des extraits des compositions musicales sidérantes – d’Antonin Artaud “Totem étranglé“ (1947) – de Michel Seuphor “Tout en roulant les RR“ (1927).

 

Soutier 

Embarqué sur les bateaux d’époque, matelot chargé de la soute à charbon.

Ici, acteur de l’art et de la culture, dont le travail et la posture politique alimentent fondamentalement plusieurs projets artistiques successifs, mais qui reste dans la soute du travail au long cours, sans jamais accéder à la célébrité médiatique.