« Retour vers le futur » : séance consacrée à l’Espace Biscornu !

Voici déjà l’avant dernière séance de la saison de notre  série « Retour vers le futur » !

Rendez-vous ce vendredi à 20h, pour deux séances sur le thème de l’Espace biscornu, soit deux  visions de planètes bizarres ne répondant pas au schème maintes fois exploité de la classique exploration d’un monde étranger plein de créatures bizarres ou dangereuse, mais tentant une approche originale. Avec en première partie un film récent, largement méconnu et à (re)découvrir, et en seconde un essai certes daté mais qui vaut d’être 

 

20h. UPSIDE DOWN (Canada /France, 2012, 105 mn), de Juan Solanas, avec Jim Sturgess, Kirsten Dunst, Timothy Spall, James Kidnie

Dans une région très spéciale de l’espace, deux mondes se font face à quelques kilomètres l’un de l’autre, chacun possédant sa gravité propre, celle-ci s’annulant au point zéro, située à l’exacte intersection de la surface des deux planètes. Imaginez : quand vous levez la tête, vous ne voyez pas le ciel mais un monde à l’envers, avec ses montagnes et ses plaines, avec ses villes illuminées parcourues de véhicules et de piétons qui, s’ils lèvent la tête de leur côté, vous voient aussi et peuvent vous faire coucou. Un postulat qu’on pourrait croire réservée à un dessin animé ou à un livres pour enfant, mais que Solanas a traité en live, avec le recours à des effets numériques époustouflants, et le plus logiquement possible.

Il y a donc le Monde d’en Bas et le Monde d’en Haut. Avec leurs différences, qu’on va dire de classe. En haut, les riches, les puissants, qui exploitent le pétrole du monde d’en bas, en ne payant qu’avec de la roupie de sansonnet. Et en bas, les pauvres, qui ne peuvent que regarder en se serrant la ceinture les illuminations féériques de leurs voisins du dessus, où bien sûr ils ne peuvent accéder.

D’une part pour des raisons physiques — les solides des deux surfaces ne peuvent entrer en contact sans finir par se consumer — d’autre part pour de bonnes vieilles méthodes ségrégationnistes, les milices d’en Haut se faisant un plaisir de tirer comme des lapins les clandestins qui chercheraient à passer la frontière. Laquelle possède deux interfaces : le Mont des Sages, où deux pics parallèles se touchent presque, et la tour des capitalistes de Transworld, qui joint les deux univers pour de strictes raisons commerciales.

Ce qui nous vaut, pour le premier passage, de superbes images noyées de tourbillons atmosphériques bleutés, pour le second des plans hallucinants voyant des centaines de fonctionnaires s’échiner au travail dans deux bureaux aussi gigantesques que celui créé par Orson Welles dans la gare d’Orsay pour Le Procès, à ceci près qu’ils se trouvent l’un au-dessus de l’autre, mais inversés. De quoi vous donner le vertige.

Reste l’élément humain, en l’occurrence Adam, un d’en bas, et Eden, une d’en haut. Qui se sont rencontrés adolescents sur le Mont des sages, sont tombés amoureux, se sont perdus, vont se retrouver, ce qui va tout changer, l’amour étant capable de renverser les montagnes, annuler la gravité, et pourquoi pas pulvériser les barrières sociales. Comment ces deux-là vont-ils parvenir à se rejoindre ? — c’est tout l’enjeu du film, qui malmène ici la science-fiction pour voguer entre la poésie et l’humour, avec une vigoureuse autant que satirique faucille sociale, ce par quoi Upside Down fraternise avec l’univers de Prévert, en particulier celui mis en image par Paul Grimault pour Le Roi et l’oiseau, avec qui le présent métrage a plus de points communs qu’on pourrait croire.

L’empathie comme la sympathie qu’on peut ressentir envers nos deux amoureux tête-bêche, qui participent grandement à la totale réussite de l’ensemble (on passera sur de menues incohérences scénaristiques), tient beaucoup à ses deux interprètes, le lunaire Jim Sturgess en petit-fils filmique de Jean-Louis Barrault, et la délicieuse Kirsten Dunst, Girl Next Door qui fut la fiancée de Spider-Man et réédite ici avec son galant, clin d’œil savoureux, le baiser la tête en bas.

  1. en 2014, un anime japonais de Yasuhiro Yoshuira, Patema et le monde inversé, reprend le même thème…

Pour découvrir la bande annonce, c’est par ici.

 

21h45. DANGER, PLANÈTE INCONNUE, Journey to the Far Side of the Sun (USA, 1969, 101 mn), de Robert Parrish, avec Roy Thinnes, Ian Hendry, Loni von Friedl, Patrick Wymark, Herbert Lom

Une nouvelle planète est découverte, gravitant à l’exact opposé du soleil. Un astronef y est envoyé mais s’écrase à l’atterrissage. Le colonel Glenn Ross, qui s’en sort vivant, a la surprise de se retrouver sur ce qu’il croit être la Terre, où ses supérieurs le mettent aux arrêts parce qu’il aurait fait demi-tour sans raison – ce que l’astronaute dément formellement.

A partir d’ici, attention, spoiler. Glenn se trouve en réalité sur une seconde Terre exactement semblable à sa sœur spatiale, son double parfait, mais où tout est inversé ; ce dont l’astronaute a la bien tardive révélation alors qu’il observe dans un miroir le sigle aux lettres inversées qu’il porte sur son blouson, comprenant du même coup qu’un autre lui-même a fait le chemin inverse et a pris sa place sur Terre 1.

Ce sujet, typique d’une série comme La Quatrième Dimension (dont Robert Parrish a réalisé trois épisodes), est dû aux futurs créateurs de Cosmos 99. Valable pour un court métrage ou une nouvelle, le propos tient plus difficilement la route dans les dimensions d’un film normal, ce qui explique divers remplissages – le crash sur une lande désolée, où Green se croit attaqué par un monstre, et qui semble appartenir à un autre film –, mais l’originalité du thème, le mystère qui plane, les ruses de la mise en scène sont assez prenants pour maintenir jusqu’au bout l’intérêt.

Pour découvrir la bande annonce de l’époque en v.o., c’est par ici !

 

Roy Thinnes (au centre)