Shakespeare au cinéma : la bruit et la fureur

A l’occasion du quatrième centenaire de la mort de William Shakespeare, la Cinémathèque de Grenoble propose de revoir les adaptations cinématographiques les plus marquantes de ses œuvres.

Au petit jeu des adaptations, William Shakespeare fait mieux que Marvel : les exégètes de l’illustre auteur anglais dénombrent pas moins de 800 adaptations cinématographiques ou télévisuelles de son œuvre théâtrale – la première étant King John, un film de quatre minutes réalisé en 1899 par Sir Herbert Beerbohm Tree.

Toutes les pièces de Shakespeare ont été portées à l’écran. À commencer par Hamlet, dont il existe plus de 80 versions. Il faut aussi citer un grand nombre d’adaptations plus ou moins libres, comme le Falstaff d’Orson Welles (1965), qui raconte l’histoire d’un personnage secon- daire de Henri IV.

Le cycle Shakespeare de la Cinémathèque s’organise autour de deux volets. Le premier, baptisé « Le Bruit et la fureur », est consacré aux tragédies de l’illustre auteur anglais, et s’étendra d’octobre à janvier 2016. Il permettra de voir Othello (1952) d’Orson Welles, Henri V (1944) de Laurence Olivier, Le Roi Lear (1971) du réalisateur soviétique Grigori Kozintsev, et Ran (1985), du réalisateur japonais Akira Kurosawa, qui transpose Le Roi Lear dans le Japon médiéval. Les projections seront commentées par Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’université Stendhal de Grenoble.

Le second volet, intitulé « L’Amour et le merveilleux », sera consacré aux comédies de Shakespeare. Il aura lieu au printemps 2016.

 

OTHELLO

Des planches à la toile, par Daniel Bougnoux

« Il a semblé intéressant, pour l’année du quatrième centenaire d’une mort qui s’annonce fertile en commémorations, de réfléchir aux ouvertures que le cinéma, depuis son origine, n’a cessé de proposer au théâtre. Avec leurs génies propres, de grands réalisateurs, dont certains d’ailleurs issus de la scène (Laurence Olivier, Orson Welles, Kenneth Branagh mais aussi Joseph Mankiewicz, Grigori Kozintsev, Akira Kurosawa, Peter Greenaway…), ont tenté de jouer Shakespeare en grand, en le confrontant à des décors, des mouvements ou des mondes interdits dans les limites du théâtre classique.

On sait qu’à l’époque élisabéthaine, la scène du Globe – théâtre londonien connu pour avoir abrité de nombreuses représentations des pièces de Shakespeare – était très pauvre en effets spéciaux. Les représentations s’y donnaient à la lumière du jour, avec une remarqua- ble économie de décors : de riches costumes, et surtout une langue poétique d’un grand pouvoir émotionnel et dramatique suppléaient au dénuement du plateau. On dit que « less is more » et, qu’en matière d’art particulièrement, une représentation comprimée dans les limites du verbe et du schématisme scéniques sollicite mieux l’imagination.

Inversement, il est permis de céder aux pressantes suggestions du texte shakespearien et d’avoir envie de montrer réellement la tempête du Roi Lear, la mer mugissante au pied des murailles d’Elseneur (Hamlet), la lande où les sorcières interpellent Macbeth, la profonde forêt du Songe d’une nuit d’été ou d’étourdissantes chevauchées (Beaucoup de bruit pour rien ou Ran)…

Les arts se pensent entre eux et les jeux de l’hybridation, de la reprise ou de l’interprétation sont sans limites assignables : une fois lancé le bolide Shakespeare, comment borner sa course ? Nous tenterons de visualiser, sur quelques cas exemplaires, de quelles façons le cinéma a développé son théâtre. »

 

Petites Formes spéciales Shakespeare

JEUDI 22 OCTOBRE À 18:00 à la Cinémathèque

OTHELLO > Orson Welles

JEUDI 22 OCTOBRE À 20:00

HENRI V > Laurence Olivier

VENDREDI 23 OCTOBRE À 20:00

LE ROI LEAR > Grigori Kozintsev

JEUDI 28 JANVIER À 20:00

RAN > Akira Kurosawa

VENDREDI 29 JANVIER À 20:00