Entretien avec Nicolas Pariser, lauréat du Grand Prix au dernier Festival

Nicolas_Pariser_photo_interview-210 juillet 2010, soir du Palmarès du 33ème festival du film court en plein air de Grenoble. Nicolas Pariser vient de remporter le Grand Prix qui vient récompenser son film La République. Le réalisateur nous a accordé une interview pour revenir sur le festival et évoquer son parcours, ses projets ou encore Eric Rohmer.

Propos recueillis par Romain Silvi.

RS : J’aimerais que nous évoquions ensemble ton parcours de metteur en scène et ton film, La République. Comment as-tu accueilli le Grand Prix que tu as obtenu au Festival de Grenoble, alors que ton film a été projeté le premier soir du festival, de telle que tu as pu visionner tous les films de la compétition ?

NP : C’était à la fois très agréable d’être à Grenoble presque une semaine et difficile de suivre l’intégralité du festival. Je voulais regarder des bons films pour passer un bon moment, mais je ne voulais pas en voir trop ! Un réalisateur n’est pas si content que ça quand il voit un film meilleur que le sien.

RS : En as-tu vu beaucoup, de bons films ?

NP : Oui ! Beaucoup de films étaient très réussis. Je garde donc un bon souvenir du festival, qui proposait des films de qualité. Je garde d’ailleurs un souvenir intense du dernier soir. Lorsque le Palmarès commence sur la place du Tribunal devant ce public si nombreux, il y a un côté spectaculaire et stressant qui fait que tous les réalisateurs sont à ramasser à la petite cuillère. Mais pour moi cela s’est bien fini, j’en garde un donc excellent souvenir.

RS : La reconnaissance du milieu du cinéma, par le biais de ce grand prix, te permet-elle de travailler plus sereinement ?

NP :C’est compliqué. Le bon accueil  d’un film à un festival peut attirer l’attention des producteurs et éveiller l’intérêt des commissions de subvention. Une attente peut donc se  créer (même s’il faut toujours relativiser l’impact des courts métrages dans le monde du long). Mais j’ai aussi des amis qui ont obtenu des prix dans des festivals avant de se heurter au refus de commissions telles que le CNC de financer un scénario de long-métrage qui les avait déçus par rapport aux courts. Ca peut donc être à double-tranchant.

RS : As-tu dans l’idée de franchir le pas et de passer à la réalisation d’un long-métrage ?

NP : Oui bien sûr. Je suis en train de travailler sur un long-métrage.  C’est plutôt un film d’espionnage, de complots, qui se passe en France et aussi en Suisse. Il y aura des espions, des écrivains, ça parlera aussi du milieu de l’art contemporain, du milieu de l’édition… C’est aussi un film d’amour !

RS : En 2008, tu avais déjà réalisé un court-métrage intitulé Le jour où Ségolène a gagné qui traitait, comme La République, de la thématique politique. D’où te vient ce vif intérêt pour la vie politique et pourquoi as-tu eu envie de la mettre en scène ?

NP : En réalité j’ai d’abord écrit le scénario de La République avant d’écrire le scénario de Le jour où Ségolène a gagné. Pour La République, je n’avais pas envie de faire un court-métrage qui traite de la jeunesse, comme on en voit souvent. Je voulais qu’il traite d’un milieu à la fois  exotique et très circonscrit. J’aurais pu traiter de l’armée ou de la recherche scientifique, mais le seul milieu que je me sentais capable de filmer sans faire trop de recherches était celui de la politique. Je nourris un intérêt personnel à son égard. Je lis le canard enchaîné depuis que j’ai 15 ans ! Le potentiel de fiction, de tragédie, m’attire particulièrement. Je me rappelle que j’avais étudié  les frères Gracques lorsque je faisais de l’histoire du droit. Les réformes politiques qu’ils avaient tenté de faire, les complots contre eux… tout ça était passionnant. Par ailleurs, je détestais cette matière !

Deux choses m’ont ensuite donné l’envie de m’y mettre : la série A la maison blanche d’Aaron Sorkin, qui parle de façon idéaliste du monde politique, et les deux premiers livres d’Ellroy sur les Kennedy : American tabloid et American death Trip, qui eux sont noirs et sanguinolents. J’avais la volonté de trouver mon propre ton pour écrire ce film.

J’avais déjà écrit le scénario de La République et j’attendais de pouvoir le réaliser lorsque j’ai répondu à un appel d’offre de Canal +. J’ai écrit Le jour où Ségolène a gagné durant la campagne présidentielle de 2007. Finalement mes deux films ont une thématique proche, ce qui donne une sorte d’homogénéité à mes courts métrages, mais c’est vraiment un hasard. J’avais d’ailleurs écrit des scénarios qui ne parlaient pas de politique du tout auparavant.

J’espère clore cette thématique avec le long-métrage sur lequel je travaille, et qui traite entre autre de l’appareil d’Etat.

RS : Parlons de ta mise en scène et d’Eric Rohmer, qui a été ton professeur de mise en scène durant deux ans, n’est-ce-pas ?

NP : Rohmer donnait des cours de cinéma à Paris I depuis Perceval le gallois je crois (1978) jusqu’en 2001. J’ai suivi les deux dernières années, qui correspondaient au moment où il faisait L’Anglaise et le Duc. Ce n’était pas vraiment des cours de mise en scène, puisque l’on n’analysait pas de films et que l’on n’utilisait pas de caméras. Par contre on suivait la préparation de ses films : on a suivi les essais de costumes, de décors, de comédiens. Durant l’été il a tourné le film, Il nous a donc montré la manière dont il montait les rushs durant la deuxième année. Nous étions son premier public puisque nous avons vu un premier montage du film, sans effets spéciaux, avec les écrans verts, etc.…

Ce qui était drôle, c’est que tous les élèves n’étaient pas autant enthousiasmés par le cinéma de Rohmer que je ne l’étais. Lorsqu’il nous  a demandé notre avis sur le film, une jeune femme a pris la parole et a dit « je trouve que la fille qui joue le rôle principale joue très très mal, je trouve aussi que le film est vraiment mal monté ». Rohmer n’a pas fondu en larmes pour autant !

J’ai donc appris auprès de Rohmer les ficelles de la fabrication d’un film : des décors aux dialogues en passant par le découpage du film. En découvrant les rushs, nous pouvions deviner la manière dont le film avait été tourné. J’ai donc réalisé que Rohmer, comme la plupart des réalisateurs, filmait les mêmes dialogues de plusieurs axes différents. J’ai donc compris l’importance primordiale du montage, qu’il se construit en grande partie à partir de l’intensité du jeu des acteurs.

RS : Peut-on dire de Rohmer qu’il est ton mentor ?

Oui, enfin un mentor avec qui j’ai du échanger deux phrases en deux ans… Mes deux cinéastes français préférés sont Sacha Guitry et Eric Rohmer, même s’ils sont très différents. C’est vrai que Rohmer m’influence énormément. Chabrol me passionne aussi, dans sa thématique et dans son rapport aux acteurs.

Triple agent de Rohmer m’a vraiment influencé pour écrire et réaliser La République. Il s’agit de l’avant dernier film de Rohmer qui est un film d’espionnage. Il y a une intrigue très touffue et vertigineuse que l’on ne comprend qu’au travers de dialogues qui parlent d’autre chose. Je voulais arriver à ce résultat dans le milieu de la politique.

Aujourd’hui, les courts-métrage sont très bien faits en France. Le niveau de professionnalisation est très poussé, le financement fonctionne correctement. Malheureusement, à mes yeux, les courts métrages se fondent souvent sur un certain modernisme, par ailleurs assez daté, qui  prolonge un peu Bergman ou Antonioni, des cinéastes que je n’apprécie pas beaucoup. Il y a aussi une influence, à mon sens très sclérosante de Tarkovski ou Bruno Dumont : grosso modo, il y a beaucoup de films taiseux qui espèrent tirer profit d’un certain mutisme et d’une attention porté à la matérialité des choses pour arriver à une dimension métaphysique. Or souvent, à l’arrivée, ces films font plus appel aux pulsions qu’à la pensée du spectateur. C’est une tradition bien faite, mais en tant que réalisateur,  je voulais faire des films narratifs. Je veux que le spectateur réfléchisse en visionnant mes films, et si possible continue de réfléchir après l’avoir vu, la sensation au cinéma ne m’intéresse pas beaucoup.

J’ai conscience que la faiblesse de La République est le fait que je suis allé tellement loin dans le côté machination intellectuelle que mes personnages sont presque des pantins. On a l’impression qu’ils n’éprouvent pas grande chose. Ce qui fait de mon film un film presque expérimental.

C’est là où Rohmer est très fort, puisqu’il réussit à faire réfléchir et à émouvoir en même temps. J’ai encore aujourd’hui des débats avec des amis lorsque l’on évoque Conte d’hiver, sans être sûr du sens de ce film. En même temps  c’est un film bouleversant. Ce film est un chef-d’œuvre.