Cycle consacré au Studio Albatros

 

LogoAlbatrosLa Cinémathèque de Grenoble, en collaboration avec la Cinémathèque Française, consacre son premier cycle de la saison au Studio Albatros, un studio créé dans les années 20 par des Russes Blancs exilés en France. Installé à Montreuil dans un ancien studio de Pathé Cinéma, Albatros a produit de nombreux films marquant du cinéma des années 20 : Marcel L’Herbier, Jean Epstein, Jacques Feyder, Viktor Tourjansky, pour ne citer que ceux-là ont commencé chez Albatros…

Samatha Leroy, chargée de la valorisation des collections à la Cinémathèque Française, qui viendra pour l’ouverture du cycle le jeudi 20 octobre, présente le cycle plus précisément :

« Quittant la Russie en 1920, la troupe Ermolieff, qui devient rapidement Albatros sous la direction d’Alexandre Kamenka, est composée d’artistes et de techniciens pour la plupart expérimentés. Ils investissent le studio Pathé de Montreuil et vont, en une décennie, livrer une quarantaine de films et participer au développement du cinéma français des années 20. Les six films proposés lors de ce cycle Albatros à la Cinémathèque de Grenoble reflètent les principaux axes de production déterminés par la firme: la figure dominante d’Ivan Mosjoukine, acteur mais aussi scénariste et réalisateur, l’évolution de Nicolas Rimsky, l’autre acteur « aux mille visages », le rapprochement et la collaboration avec des cinéastes français (Jean Epstein, Marcel L´Herbier, Jacques Feyder) avec, en filigrane, un vif intérêt pour les autres arts et la confection de décors prestigieux et audacieux.

 

Ivan Mosjoukine, acteur déjà célèbre en Russie, devient une véritable star en France. Personnalité énigmatique, il se montre à l’écran à la fois excentrique, enfantin, burlesque et tourmenté. L’expressivité de son jeu et sa capacité à incarner tous les rôles en font un nouveau Rudolph Valentino. Il devient la figure emblématique du studio Albatros et se trouve souvent à l’initiative de projets de film (Le Lion des Mogols). Il lui arrive non seulement d’écrire des scénarii mais également de les mettre en scène, se réservant généralement le premier rôle (Le Brasier ardent). Il y privilégie les décors en studio, multiplie les styles, expérimente des moyens d’expression proches de l’avant-garde française, et intègre souvent des séquences illustrant les folles nuits de Montmartre ou de Montparnasse, dont il est lui-même un témoin assidu.

 

Les affinités et les « familles » se créent toujours au sein des troupes et l’équipe Albatros n’échappe pas à la règle. Ainsi, Vyacheslav Tourjansky ne tournera jamais avec Mosjoukine mais collabore exclusivement avec les acteurs Nathalie Kovanko, Nicolas Koline et Nicolas Rimsky et avec le décorateur Alexandre Lochakoff. Tourjansky participe aux débuts de l’aventure Albatros, il tourne neuf films entre 1920 et 1923. Ce cochon de Morin et La Dame masquée sont les deux derniers films qu’il réalise pour Albatros. Nicolas Rimsky développe sa carrière en marge du succès d’Ivan Mosjoukine. C’est un véritable acteur-caméléon, capable de passer du drame à la comédie (et des têtes d’affiche aux seconds rôles) avec autant de talent que de constance. Artiste complet, il multiplie les interprétations, participe à l’écriture de certains scénarii, et se tourne vers la réalisation à partir de 1925.

L’équipe Albatros ne se constitue pas uniquement de ces personnalités venues de Russie, des cinéastes français intègrent également l’équipe ; c’est le cas, entres autres, de Jean Epstein, de Marcel L’Herbier et de Jacques Feyder. Ces collaborations (même momentanées) insufflent un renouveau, stimulent la créativité de chacun et ouvrent une brèche vers le cinéma d’avant-garde (certains films lui empruntent ses montages rythmés et ses surimpressions d’images).

En 1924, Jean Epstein est déjà un théoricien du cinéma et un réalisateur audacieux. Son style singulier retient l’attention de Kamenka et de Mosjoukine qui lui proposent de les rejoindre pour réaliser Le Lion des Mogols, d’après le scénario écrit par Mosjoukine. Epstein tourne trois autres films pour Albatros, ce qui lui permet de poursuivre son expérimentation avant de créer, en 1926, sa propre maison de production et d’y réaliser de grandes œuvres (La Glace à trois facesLa Chute de la maison Usher).

Eldorado et L’Inhumaine ont déjà contribué à révéler les talents de cinéaste de Marcel L’Herbier. Ivan Mosjoukine lui voue alors une admiration sans borne. L’Herbier accepte de réaliser et de co-produire avec Albatros Feu Mathias Pascal d’après l’œuvre de Luigi Pirandello. Il est assisté dans la réalisation par Alberto Cavalvanti, qui endosse également le rôle de décorateur pour lequel y est assisté de Lazare Meerson. Dans un réjouissant mélange de mélodrame et de comédie, frôlant parfois le burlesque, Mosjoukine incarne à la perfection la dualité de Mathias Pascal.

Quant à Jacques Feyder, après des succès certains comme L’Atlantide, il s’associe en 1925 à Albatros et réalise Gribiche, son cinquième long métrage. Il bénéficie de l’ensemble des talents de l’équipe, notamment celui de Lazare Meerson, qui concevra également les décors des réalisations suivantes de Feyder au sein d’Albatros : Carmen et Les Nouveaux Messieurs.

Le fonds Albatros constitue aujourd’hui un des joyaux des collections de la Cinémathèque française. Alexandre Kamenka fut l’un des premiers producteurs à confier à Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque française,l’ensemble des filmsmp;nbsp;produit, ainsi qu’une multitude d’archives aussi variées que précieuses : affiches, dessins et documents relatifs à la production et à l’exploitation des films. L’ensemble de ces documents est conservé, sauvegardé et, dans certains cas, les éléments ont été restaurés. La Cinémathèque française se réjouit de la présentation de certaines de ces œuvres à Grenoble et remercie la Cinémathèque de Grenoble pour cette collaboration et pour son accueil.  »

Pour en savoir plus sur le Studio Albatros, vous pouvez visiter l’exposition virtuelle de la Cinémathèque Française et lire un article consacré à Albatros publié dans Libération le 12 août 2011.