Le cinéma africain à l’affiche

tilai-1990-03-gD’octobre 2010 à juillet 2011, le Musée Dauphinois propose une exposition intitulée « Ce que nous devons à l’Afrique ». Il semblait logique à la Cinémathèque de Grenoble de s’associer à ce regard sur le continent africain. Hasard de la programmation, ce cycle africain fait suite au cycle consacré au cinéma russe, qui faisait écho à l’exposition « Chagall et l’avant-garde russe » du Musée de Grenoble ; et précède un cycle de cinéma roumain, en partenariat avec la Maison de l’International. Logique ? Si la Roumanie et la Russie ont une cohérence évidemment géographique, que penser du lien avec le cinéma africain ? Il est pourtant simple : s’il est coutume d’opposer de façon plus ou moins caricaturale deux écoles cinématographiques – l’américaine et la russe – le continent que nous rencontrons aujourd’hui se réfère éminemment à la seconde.

Les faits le prouvent : en 1961, Sembene Ousmane, alors écrivain, entre dans une école de cinéma à Moscou. Il reste l’un des pionniers du cinéma africain ; et son apprentissage se fera via l’esthétique russe.

Bien sûr, le 7e art africain ne se résume pas au simple héritage d’Eisenstein, Poudovkine ou Vertov – et il peut paraître réducteur de se satisfaire de cet unique critère pour le définir, même s’il n’est pas négligeable. Et le cinéma africain a bien son identité : preuve en est, l’existence de Festivals qui lui sont entièrement consacrés (car l’on sait à quel point un festival légitime une production, autant par la nécessité d’un contenu quantitatif que pour la pertinence et la nécessité thématique). De tous ces festivals, nous ne pouvons faire l’impasse sur son plus représentatif : le FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), créé en 1969 en Haute-Volta (futur Burkina Faso). Ce Festival symbolique est en toute logique une carte d’entrée (exhaustive et qualitative) vers le cinéma qui nous intéresse.

Le cycle que nous proposons s’appuie d’une part sur des films évoquant l’Afrique et sur des réflexions sur l’identité Africaine (Joseph Ki-Zerbo ou Les Statues meurent aussi), mais aussi sur des fictions, ou « classiques » du cinéma africain, dont la présence au FESPACO s’est faite remarquer.

Aux films « incontournables » au regard de la thématique (Yeelen, Teza) ou des problématiques proposées par les organisateurs de la saison « Afrique – Isère », cet événement donne aussi l’occasion à la Cinémathèque de Grenoble de présenter des films issus de ses collections. Réparties sur quatre soirées et neuf films (fictions ou documentaires, longs et courts métrages), ces programmes s’attachent à associer les œuvres en fonction de leurs thématiques  proches (en espérant ne pas trop les cloisonner), sans pour autant oublier le respect aux particularités de chacune : les rencontres (Niiwam et Touki-Bouki), les femmes et la tradition (Visages de femmes et Kodou), les coutumes et la liberté individuelle (Tabataba et Tilaï) ou les légendes et la présence du griot (Nelisita, Gbanga-Tita, Jom).

Ces choix de thèmes ne sont pas volontaires : c’est lors de la sélection qu’ils se sont imposés d’eux-même. Preuve, s’il en est, que le cinéma africain perpétue des sujets fédérateurs biens à lui (et pourtant universels, finalement). Et, élément encore plus révélateur, les films français proposés  évoquant l’Afrique trouvent parfaitement un contrepoint : comme si ce continent s’associait alors nécessairement au discours. C’est le cas de Gbanga-Tita, bien sûr, court-métrage documentaire sur un griot, mais aussi, et surtout, de Tabataba, de François Koltès (Grand Prix du Festival du Court-Métrage en 1991), adapté de la pièce de Bernard Marie Koltès (présentée en avril par L’Heure-Bleue) : œuvre française d’un auteur français qui n’a pu qu’associer son propos à l’Afrique.

Mais si le regard occidental peut paraître cliché, réducteur ou « presque caricatural », c’est sur les œuvres africaines présentées, et qui composent la part la plus importante de cette sélection, que se met à jour le regard africain, son esthétique, ses thèmes, ses questionnements et ses particularités.

Enfin, afin de compléter ce léger panorama, la Cinémathèque de Grenoble proposera, lors du 34e Festival du Film Court en Plein Air de Grenoble, une sélections de courts-métrages africains récents.

 

Le programme complet du cycle est le suivant :

Jeudi 21 avril à 20h et 22h

–      Niiwam, de Clarence Delgado, d’après Sembene Ousmane (1988), Sénégal

–      Touki-Bouki, de Djibril Diop Mambéty (1973), Sénégal

 

Vendredi 22 avril à 20h et 22h

–      Visages de femmes, de Désiré Ecaré (1985), Côte d’Ivoire

–      Kodou, de Ababacar Samb-Makharam (1971), Sénégal

 

Jeudi 28 avril à 20h

–      Tabataba, de François Koltès (1991), France

–      Tilaï, de Idrissa Ouadraogo (1990), Burkina Faso

 

Vendredi 13 mai à 20h

–      Teza, de Haile Gerima (2009), Ethiopie – Etalon d’or, 21e FESPACO (2009)

La séance sera suivi d’une rencontre les Unions de quartier Berriat, Villeneuve et Alliés-Alpins.

 

Jeudi 19 mai à 20h

–      Joseph Ki-Zerbo, identités, identité pour l’Afrique, de Dani Kouyate (2005), Burkina Fasso

La séance sera suivi d’une rencontre avec l’association Lumassan France (http://lumassan-france.fr) et avec Yacinthe Karembiri, réalisateur d’un documentaire intitulé « Les Africains de Grenoble » (2011).

 

Vendredi 20 mai à 20h et 22h

–      Nelisita, de Rui Duarte (1982), Angola – Prix du 7e Art, 9e FESPACO (1985)

–      Gbanga-Tita, de Thierry Knauff (1994), France, suivi de Jom, de Ababacar Samb-Makharam (1982), Sénégal

 

Lundi 23 mai à 18h30

–      Les Statues meurent aussi, de Alain Resnais et Chris Marker (1953), France

–      Yeelen, de Souleymane Cissé (1987), Mali

Cette séance sera suivie d’une rencontre avec l’association Les Amis de Présence Africaine et son président Christian Zohoncon.