Retour vers le futur, séance « Ils sont parmi nous » !

Le cycle « Retour vers le futur » continue, avec une séance consacrée aux Quatermass : rendez-vous vendredi 12 janvier à partir de 20h !

Avec deux films de la tétralogie Quatermass, tirés d’une série télévisée créée en 1953 pour la BBC par Nigel Kneale, et qui eut quatre séquelles, jusqu’en 2005. Le professeur Quatermass est à l’origine un physicien, pionnier du programme spatial britannique, à la tête d’un groupe de recherches baptisé le « British Experimental Rocket Group ».

20 h. LE MONSTRE / The Quatermass Xperiment (G-B, 1955)

Réal. : Val Guest. Sc. : V. G., Richard Landau, d’après la série TV de Nigel Kneale. Int. : Brian Donlevy, Richard Wordsworth, Jack Warner. 1h18.

Une fusée spatiale avec à son bord trois astronautes se crashe au retour dans la campagne britannique. Carroon, le seul survivant, contaminé par des spores extraterrestres, est recueilli par le professeur Quatermass, chef du projet. Mais, atteint par une terrifiante mutation, il n’a plus qu’à s’enfuir de la clinique où on l’avait mis en observation. Si seul son bras est d’abord atteint – une séquence brève mais aussi frappante qu’énigmatique le voit écraser un cactus se trouvant sur sa table de nuit –, il ressemble peu à peu à une énorme cellule vivante qui, réfugiée sur la façade d’une cathédrale (Westminster Abbey), n’a plus qu’à être livrée aux lance-flammes de l’armée. Tiré d’une série créée pour la BBC en 1953 par Nigel Kneale, ce premier film de la franchise Quatermass, qui en comptera quatre, est un hommage direct au premier Frankenstein de James Whale, cité explicitement dans la scène où, réfugié le long d’un canal, l’astronaute rencontre une fillette. Filmé  dans un noir et blanc granuleux, soutenu par une partition glaçante de James Bernard, le film prend ouvertement le parti du « monstre » qui, bien que semant la mort sur son passage, est présenté comme une victime, alors que le savant, interprété par un Brian Donlevy monolithique, est vu comme l’incarnation d’un pouvoir sans âme, bien décidé, après la fin du film, à envoyer d’autres hommes dans l’espace.

Val GUEST (1911-2006)

Il commence sa carrière au cinéma comme acteur  puis comme scénariste sur des comédies dans les années 1930. Il fonde en 1951 sa maison de production, Conquest Production. Scénariste et producteur, il a tourné une quarantaine de longs métrages, comme Mister Drake’s Duck, histoire d’une cane qui pond des œufs en uranium. 1954 marque ses débuts à la Hammer Films, chargé de la réalisation des deux premiers films en couleurs de la firme : La Revanche de Robin des bois et Rapt à Hambourg. En 1955, il  réalise ce qui deviendra un classique de la science-fiction, Le Monstre, qui marque le début de la saga du professeur Quatermass, qu’il poursuivra avec sa séquelle de 1957, La Marque, ses deux meilleurs films. Suivront notamment Le Redoutable homme des neiges (1957), Le Jour où la Terre prit feu (1961) et Quand les dinosaures dominaient le monde (1970). On lui doit également de nombreux épisodes de séries TV (Cosmos : 1999, Sherlock Holmes and Doctor Watson, etc.).

 

21h45. LES MONSTRES DE L’ESPACE / Quatermass and the Pit (G-B, 1967)

Réal. : Roy Ward Baker. Sc. : Nigel Kneale, d’après sa série TV. Int. : Andrew Keir, Barbara Shelley. 1h34.

La percée d’une nouvelle ligne de métro à Londres met au jour des crânes humains prodigieusement anciens, puis un conteneur mystérieux qu’on pense d’abord être une bombe datant de la dernière guerre. L’intervention du professeur Quatermass révèle une tout autre vérité : le conteneur est un vaisseau spatial, dont un compartiment abrite encore les corps fossilisés de criquets géants – en réalité des Martiens –, les habitants de la planète rouge ayant, dans un lointain passé, envahi la Terre. Mais, ne pouvant y survivre, ils ont contaminé les esprits des premiers hommes, leur insufflant une malfaisance belliqueuse transmise génétiquement de génération en génération, qui explique la série de catastrophes guerrières ayant endeuillé l’humanité. Si l’on passe sur l’évident manque de moyens du métrage et une entrée en matière un peu longuette, avec les traditionnels affrontements entre militaires et scientifiques, l’œuvre s’avère l’un des meilleurs films de Baker, tout en demeurant la plus impressionnante prestation de Quatermass, le massif Andew Keir ayant succédé au Brian Donlevy des deux premiers volets. Variation assez inusitée sur La Guerre des mondes de Wells, et qui n’est pas sans anticiper de peu sur le postulat basique du 2001 de Clarke et Kubrick, le métrage mêle adroitement la SF et une démonologie proche de Lovecraft, avec ces entités cachées, endormies, mais qui vont se réveiller à cause de la bêtise des hommes, nourries par le courant électrique de l’équipement télé des reporters venus les filmer. La dernière partie du film, où le quartier commence à subir l’imprégnation télépathique des Martiens, ce qui déchaîne une bourrasque de violences urbaines avec incendies et inondations, est particulièrement prenante, culminant avec l’image gigantesque et rougeoyante du dernier Martien se reflétant dans le ciel de Londres, cornu tel le diable qu’il est resté dans l’imaginaire humain, et que seul le bras d’une grue, le heurtant et captant son électricité vitale,

Roy Ward BAKER (1916 – 2010)

Après un début de carrière hollywoodienne (Troublez-moi ce soir avec une Marilyn Monroe débutante), revient au pays natal où, déjà réputé, il enchaîna alors d’intéressantes productions,  pour réaliser une version historiquement très fidèle de la tragédie du Titanic (Atlantique latitude 41°, 1959). Travaillant beaucoup pour la télévision (Chapeau melon et bottes de cuir, Le Saint), ce n’est qu’à partir de 1967 qu’il va s’adonner régulièrement au genre fantastique, d’abord avec  Les Monstres de l’espace, suivi d’Alerte Satellite 02 (1968), Vampires Lovers  d’après Sheridan Le Fanu ,Les Cicatrices de Dracula, avec Christopher Lee,  Dr Jekyll et Sister Hyde, et bien d’autres films fantastique pour la Hammer aussi bien que pour sa rivale, Amicus.  À partir de 1980, il va se consacrer  essentiellement à la télévision. Baker, capable d’élégances et d’une belle fluidité dans la mise en scène alliées à son refus de l’effet,  reste un des meilleurs réalisateur de genre du cinéma britannique des années 60/70 .

HORS SÉANCE  (les deux autres Quatermass) :

 La Marque – Quatermass II (G-B, 1957), réal. : Val Guest, sc. : V. G., Nigel Kneale, d’après la série TV de N. Kneale, avec Brian Donlevy,  deuxième épisode des aventures du docteur Bernard Quatermass exploite le thème d’une l’invasion intérieure assez proche de L’Invasion des profanateurs de sépultures. Des extraterrestres en forme de Blob, tombés sur Terre dans des météorites, contaminent et asservissent les humains avec qui ils entrent en contact. D’abord vus furtivement à travers un hublot de l’usine (une raffinerie Shell) qui sert à les acclimater progressivement à l’atmosphère terrestre, ils finissent par s’en échapper en détruisant tout sur leur passage. C’est par son aspect politique – la dénonciation d’un État totalitaire – que le film frappe le plus fort, quand on découvre que nombre des membres du gouvernement, qui prétendent que l’usine est conçue pour fabriquer de la nourriture synthétique pour le Tiers-monde, sont affectés par le virus. Le métrage ne recule pas devant les séquences d’horreur pure, comme en témoigne cet homme entrant en combustion après avoir été imprégné par un humus visqueux et qui vient s’écrouler devant  le professeur avant d’agoniser en fumant. Le noir et blanc et l’atmosphère le plus souvent nocturne, qui évoquent l’expressionnisme, contribuent à l’aspect cauchemardesque de l’œuvre. Tardivement réalisé en 1979, The Quatermass Conclusion (réal. : Piers Haggard, sc. : Nigel Kneale, avec John Mills dans le rôle du savant) voit des extraterrestres nous envahir pour se servir des hommes comme nourriture. L’action de déroule dans un futur proche et présente d’intéressantes scènes de panique collective. Mais l’esprit Quatermass en est absent, et l’œuvre, au départ une mini-série en trois épisodes resserrée à la dimension d’un long métrage de 102mn, ne fut distribuée, sauf rarissimes exceptions, que sur ITV qui la produisit.

 

Jean-Pierre Andrevon