Réseau cinéma

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03 mai 2018

Avec des étudiant.e.s et enseignant.e.s de ESBA TALM Angers, ESAD Valence, Grenoble, ESADMM Marseille, ESADTPM Toulon / En collaboration avec le MAGASIN des horizons et la cinémathèque de Grenoble.

 

 

Le réseau cinéma des écoles d’art rassemble des enseignant.e.s et étudiant.e.s de sept écoles d’art qui revendiquent le cinéma tant comme pratique que comme espace de réflexion. Dans cette approche, le cinéma est considéré comme un mode de pensée, comme un agencement critique des images et des sons, comme une forme d’écriture qui assure aujourd’hui un point de passage et ou de croisement entre différentes pratiques artistiques et théoriques tout comme cette approche permet de penser et de pratiquer un renouvellement du cinéma lui-même. La constitution du réseau a le but de mutualiser les ressources et d’approfondir les interrogations partagées, de faciliter la circulation entre les écoles et d’instaurer une fluidité de déplacement entre les sites, pour un échange fécond de langages visuelles multiples.

Le programme en cours propose de penser collectivement des formes cinématographiques à partir de musées ethnographiques et de jardins d’origine coloniale. Il se base sur l’idée de « anti-musée » proposée par le théoricien Achille Mbembe : si le musée est « un espace de neutralisation et de domestication de forces qui, avant leur muséification, étaient vivantes », l’anti-musée serait « en rien une institution, mais la figure d’un lieu autre, celui de l’hospitalité radicale ». Le cycle de deux ans a débuté à Paris en octobre 2016, s’est déployé au travers de workshops, colloques et temps de travail à Aubervilliers, Marseille, Paris, ainsi que sur les sites de chaque école, et présentera les résultats des travaux en cours en mai 2018 à Grenoble.

 

Si le musée est le lieu de la classification et sauvegarde des artefacts culturels, quels sont les espaces de projections qui s’ouvrent si les collections sont parties ? A l’heure ou une commission pour la restitution des artefacts pillées lors de la colonisation est enfin mise en place (mars 2018), imaginons un futur des musées sans objets !

 

Projections

Friction Building/Construire des frictions

 

Ces dernières années, la contestation du maintien en place de monuments coloniaux et des noms de rues liées à la colonisation s’est accrue. De l’Afrique du Sud (Rhodes must fall) à la Belgique, la permanence de ces représentations coloniales dans l’espace public est mise en cause. Que faire de ces vestiges dérangeants ?

Dans des contextes différents, les quatre films interrogent des stratégies pour se positionner par rapport aux violences historiques et leurs survivances. Les films amènent d’une prison française au Sénégal qui a été transformé en atelier d’artisan aux ruines d’un restaurant au décor Maya, devenues un haut lieu de la résistance sociale à Merida, au Mexique.

Construire des frictions est un programme de courts-métrages au sujet des constructions coloniales, proposé par Anne Reijniers et Rob Jacobs en conversation avec le Réseau cinéma des écoles d’art.

 

Films :

 

Andrés Padilla Domene – Ciudad Maya (24′), 2016.

Ce film documente une série d’expériences réalisées par un groupe de jeunes mayas urbains à Mérida au Mexique. Ils mettent en fonctionnement des dispositifs lumineux bricolés, inspirés de technologies utilisées par l’archéologie actuelle. Ces relevés permettent de recueillir et de constater la façon dont la culture maya est représentée aujourd’hui.

Mamadou Khouma Gueye – Kedougou (23′), 2017.

Kedougou est une ville située au sud est du Sénégal, à 750 km de Dakar. La ville est célèbre depuis la crise politique qui a opposé le Président du Conseil Mamadou Dia et le Président de la République Léopold Sédar Senghor. Mamadou Dia est arrêté, jugé en 1963 pour haute trahison et condamné à la déportation perpétuelle à Kédougou. Depuis cet événement, dans l’imaginaire collectif, la ville symbolise la prison.

Ibrahima travaille à l’intérieur des ruines de cette célèbre prison. Dans sa fonderie précaire, il fabrique chaudrons, louches, casseroles et autres ustensiles. Immersion dans l’une des ses journées de travail, tandis que les murs suintent l’histoire des heures sombres de la politique sénégalaise.

Anne Reijniers & Rob Jacobs – Échangeur (33′), 2016.

Dans les rues de la métropole Kinoise, de jeunes congolais imaginent leur version du passé colonial. Autour d’un piédestal vide, jadis surmonté d’un monument Belge émerge une ville imaginaire où les images d’archives, les performances, et la vie quotidienne de Kinshasa interagissent.

Laura Huertas Millàn – Voyage en la terre autrement dite, (23′), 2011.

La serre équatoriale du Jardin Tropical de Lille est le décor où se rejoue la découverte du Nouveau Monde, inspirée des premiers récits des colonisateurs, racontée par la voix d’un explorateur fictif. L’architecture en béton armé et sa nature sous cloche accueillent cette parole où s’entremêlent, dans la fascination et le délire, des descriptions naturelles et ethnographiques. Le film évoque le moment du premier contact et la survivance des imageries exotiques qu’il a provoquées.

 Biographies

 

Mamadou Khouma Gueye

Après des études d’Histoire à l’Université de Dakar, j’ai milité pour l’accès au cinéma pour la population de la banlieue de Dakar avant de passer à la réalisation.

Cadreur, intervenant d’éducation à l’image, je partage ma vie entre Guinaw Rails et Nantes. Membre fondateur et membre actif de l’association Plan B Films, j’interviens pour l’association Makiz’art et Stereolux. Je travaille également comme fixeur et assistant sur des projets tant cinématographiques qu’artistiques. Je collabore notamment avec l’école supérieure des Beaux-Arts de Nantes (Campus International, «Présence du futur», Emmanuelle Chérel) ou encore l’artiste Vincent Meessen.

Laura Huertas Millán (1983) est une artiste et réalisatrice franco-colombienne. Elle est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy et détient un doctorat d’art et de création portant sur les fictions ethnographiques (ENS Ulm, Beaux-Arts de Paris). En 2014 elle a été chercheuse invitée au Sensory Ethnography Lab. Entre 2014 et 2017, elle a été chercheuse invitée au Film Study Center de la Harvard University. Ses films sont diffusés au cinéma et dans des institutions artistiques. Son film, Sol Negro (2016) a été récompensé au FIDMarseille (France), à Doclisboa (Portugal) et au Fronteira Film Festival (Brésil). Les travaux de Laura Huertas Millán entrelacent les genres, mêlant documents et différentes formes de fiction. Utilisant l’écriture comme une extension de sa pratique cinématographique, elle a récemment publié dans Spike Art Quarterly en collaboration avec Raimundas Malasauskas.

Rob Jacobs (Belgique, 1989) est un chercheur lié à l’Université d’Anvers. Son travail se concentre sur les réinterprétations artistiques et militantes du passé colonial dans les espaces publics de Bruxelles et de Kinshasa. Il utilise des méthodes de recherche orientées vers l’action et espère par ses actions contribuer au débat sur le patrimoine colonial.

Andrés Padilla Domene. Né en 1986 à Guadalajara, Andrés Padilla Domene a étudié les arts audiovisuels au Mexique, et est diplomé du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Il a exposé son travail dans divers festivals et expositions à l’international. Depuis 2007, il a développé en collaboration avec Ivan Puig le projet SEFT-1 (seft1.net). II fait également partie du collectif artistique Astrovandalistas (astrovandalistas.cc).

Anne Reijniers (Belgique, 1992) est diplômée en Arts Audiovisuels de l’école des Arts LUCA à Bruxelles en 2014 avec le court métrage de fiction «Looking at Marie». Son intérêt pour le documentaire l’a amenée au master de KASK à Gand dont elle sort diplômée en 2016 avec le film documentaire ‘Échangeur’. Aujourd’hui, elle travaille comme cinéaste dans le cadre du collectif ‘De Imagerie’ et du centre d’art ‘Het Bos’, et est co-organisatrice du ‘Visite Film festival’.