Cinéma de quartier n°6
30 nov–5 déc 2026
On décrit souvent les classes populaires comme dispersées, résignées, muettes. Ce point de vue, souvent extérieur, est aveugle aux organisations réelles qui se tissent dans les quartiers. Des organisations qui prennent place dans des lieux qui ne sont pas directement politiques : les gymnases, les salles polyvalentes, au sein des clubs et associations et qui s’agrègent autour de pratiques quotidiennes dont on sous-estime bien souvent la portée.
On nous dit aussi que ce monde-là est dominé par les sentiments, par des impulsions sans lendemain. Mais c’est peu dire qu’en son sein, y compris dans des luttes qui touchent à l’identité, la vie, la santé, se développent des analyses et des positions qui n’ont rien à envier aux discours les plus savants. Les collectifs qui les produisent enquêtent, documentent et pensent leurs conditions d’existence avec une rigueur qu’on leur reconnaît trop peu.
On pense enfin que la mémoire n’y a pas sa place, que les mouvements du passé y sont systématiquement enterrés. Et pourtant les archives sont là, et nombreuses sont les personnes qui s’obstinent à les faire exister, à les transmettre, à tout faire pour ne pas rompre le fil de l’histoire de celles et ceux qui ont mis leur énergie à faire vaciller l’ordre existant.
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Édito
Cette sixième édition de Cinéma de quartier rassemble des films qui, à leur manière, portent cette force : celle des organisations, des luttes, des mémoires. Des films qui s’inscrivent au plus près du mouvement réel qui anime les gens, pour transformer collectivement nos vies.
Mais montrer ces dynamiques populaires pose une question qui n’est jamais réglée d’avance : comment les représenter ? Filmer n’est jamais un geste neutre, c’est déjà choisir une forme, un point de vue, une adresse. Cette semaine de projections et de discussions sera l’occasion de se poser ces deux questions, pour le moins essentielles : qu’est-ce qu’un art politique ? Qu’est-ce qu’un art populaire ? Ou comment le cinéma peut accompagner l’émancipation.
L’ensemble des projections et des rencontres sont accessibles gratuitement et sans réservation, dans la limite des places disponibles.
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Lundi 30 novembre • 19h • Cinéma Juliet Berto (Passage du Palais de Justice, Grenoble)
NOTRE SANTÉ N’EST PAS À VENDRE
Dans les années 70, le prolétariat immigré issu des anciennes colonies françaises fait tourner les usines grenobloises, au risque de sa santé. Un collectif franco-algérien enquête sur cette condition et sur les luttes des ouvriers.
Issu d’un ensemble de films produits par la municipalité grenobloise dans les années 70, et mené par la première association franco-algérienne de l’histoire de la ville, « Notre santé n’est pas à vendre » est ancré dans une tradition politique de l’enquête ouvrière. Il documente ces conditions de travail frontalement, tout en enregistrant une parole : celle des travailleurs immigrés. Ce double jeu de l’image et du son fait émerger un savoir, qui porte sur l’usine, mais aussi sur la vie en foyer de regroupement. Un savoir toujours inscrit dans l’action : négociations, manifestations, grèves.
Cinquante ans après sa réalisation, ce film nous intéresse encore parce qu’il fait ces deux constats qui ne vont toujours pas de soi dans le discours public. Tout d’abord celui de la violence de la division raciale du travail, qui doit nous rappeler que les enjeux antiracistes et économiques ne peuvent pas être séparés. Ensuite, celui de l’existence historique de formes d’organisations propres aux populations immigrées.
La séance sera présentée par une partie de l’équipe du film.
Dans le cadre du programme de numérisation et de valorisation « Archipel Grenoble » soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et le CNC.
Notre santé n’est pas à vendre
De Jean-Michel Richard, Marc Le Men, Messaoud Ben Sadek, Mohamed Boukhatem, Saïda Soltani - 1975 - 53' - France
Production : UNPACC, Association dauphinoise de coopération franco-algérienne

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Mardi 1er décembre • 19h • Cinéma Juliet Berto (Passage du Palais de Justice, Grenoble)
FRÈRES
Trois jeunes hommes ont chacun perdu un frère à la suite d’une intervention de la police française au cours des dix dernières années. Depuis, ils vivent au quotidien avec la souffrance, l’impossibilité de faire le deuil et la détermination à obtenir justice.
Ce film propose une association entre puissance thématique et rigueur formelle. Loin d’une volonté de distinction ou de coquetterie, cette rigueur est une recherche du plus juste face à un sujet difficile et choquant. La sobriété et la précision rendent hommage à la résistance et aux réflexions de Mahamadou, Diané et Farid, touchés par le même drame, la même injustice. En évitant à tout prix le spectaculaire, « Frères » offre un moment rare de dignité.
La séance sera suivie d’une discussion avec Ugo Simon (réalisateur du film) et Wissam Xelka (militant et streameur).
Frères
De Ugo Simon - 2021 - 43' - France
Production : La Fémis

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Mercredi 2 décembre • 19h • Salle Monique Eleb (7 rue Maurice Dodero, Grenoble)
UNE DEUXIÈME FAMILLE
Le film prend place au sein du club de quartier « V9 Impact ».Ici, le kickboxing est plus qu’un sport : c’est un cadre moral, une école de la règle et du corps. Chaque jour sur le tatami, des gestes se transmettent, une manière d’être avec les autres, une confiance qui fait du club une autre famille. Celle que l’on choisit.
« Une deuxième famille » montre comment la pratique d’un sport de combat répond à des besoins qui dépassent le cadre sportif strict. Cela par une organisation qui repose sur un travail bénévole de tous les jours, que le film essaie de rendre visible.
La séance sera suivie d’une discussion avec Aya Cissoko (ancienne sportive de haut niveau, écrivaine) et Wissam Xelka (militant et streameur).
Une deuxième famille
De Les films de la Villeneuve - 2026 - 35' - France
Production : Les films de la Villeneuve

Quatrième épisode de la série documentaire « Les années 20 » soutenu par la Ville de Grenoble dans le cadre du programme « Pouvoir d'agir ».
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Jeudi 3 décembre • 9h–18h • Cinéma Juliet Berto (Passage du Palais de Justice, Grenoble)
COLLOQUE
PENSER LA RICHESSE DES CINÉMAS PAUVRES DANS LE MONDE AU XXIe SIÈCLE
Le colloque international « Penser la richesse des cinémas pauvres dans le monde au XXIe siècle » vise à interroger la singularité esthétique et politique du cinéma contemporain réalisé avec peu de moyens économiques, autant en termes de production, de forme, que de diffusion, en réunissant des chercheur·euses et des cinéastes.
Co-organisé par Claire Allouche (maîtresse de conférences en études cinématographiques, Université Grenoble Alpes) ;Émilie Lamoine (maîtresse de conférences en études cinématographiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; Ariane Papillon (docteure en études cinématographiques, Université Paris 8) ; Paula Rodríguez Polanco (doctorante en études cinématographiques, Université Paris 8 Vincennes- Saint-Denis) et Natacha Seweryn (doctorante en études cinématographiques, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis).
Ce colloque aura lieu les 1er, 2 et 3 décembre 2026 à Paris (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et à Grenoble (Université Grenoble Alpes), en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble.
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Jeudi 3 décembre • 19h • Salle Monique Eleb (7 rue Maurice Dodero, Grenoble)
UN PEUPLE DANS LA NUIT & LA CHANCE QUE VOUS AVEZ
Deux films documentent différents points de vue et époques avec comme préoccupation centrale cette question : dans quelles conditions l’éducation devient-elle un vecteur d’émancipation ? Dans le premier, un commentaire se superpose à des images d’archives de l’armée française issues de la période coloniale en Algérie. Il est dit par un jeune homme, aujourd’hui. Sa voix raconte la violence et les contradictions de la scolarisation imposée aux indigènes. Le second dépeint l’activité de l’association « Pas à Pas ». Située Galerie de l’Arlequin à Grenoble, celle-ci accompagne des élèves dans leur scolarité, de la primaire au lycée. Entre pression de la réussite et émancipation par le savoir, le film suit ces jeunes sur le fil d’une éducation qui devrait être un droit, mais qui reste un combat. Les films seront suivis d’une discussion avec Samah Karaki (neuroscientifique, autrice), Marwan Mohammed (sociologue), Abderamane Ahonseri (habitant de la Villeneuve et réalisateur du film « Un peuple dans la nuit »), Amel Blanc et Arthur Pelletier (bénévoles de l’association « Pas à pas »).
Un peuple dans la nuit
De Abderamane Ahonseri - 2026 - 20' - France
Production : Autoproduction

La chance que vous avez
De Les films de la Villeneuve - 2026 - 30' - France
Production : Les films de la Villeneuve

Cinquième épisode de la série documentaire « Les années 20 » soutenu par la Ville de Grenoble dans le cadre du programme « Pouvoir d'agir ».
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Vendredi 4 décembre • 19h • Théâtre Prémol (7 Rue Henry Duhamel, Grenoble)
LES VILLAGEOIS
L’USVO est le club de football du Village Olympique, quartier populaire de la périphérie de Grenoble. Cinquante ans d’existence, cinquante ans de matchs, de bénévolat, de liens tissés. Sans lui, le quartier serait certainement plus silencieux. Il en est l’âme vivante.
Le film montre comment un club peut devenir un repère commun pour plusieurs générations d’un même quartier, un point fixe autour duquel se succèdent les joueurs, les bénévoles, les familles. Une présence continue, faite de gestes répétés plus que de règles énoncées, qui donne au quartier une visibilité et une mémoire propres.
Les villageois
De Les films de la Villeneuve - 2026 - 50' - France
Production : Les films de la Villeneuve

Sixième épisode de la série documentaire « Les années 20 » soutenu par la Ville de Grenoble dans le cadre du programme « Pouvoir d'agir ».
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Samedi 5 décembre • 15h • Cinéma Juliet Berto (Passage du Palais de Justice, Grenoble)
QU’EST-CE QU’UN ART POLITIQUE ? QU’EST-CE QU’UN ART POPULAIRE ?
Discussion avec Olivier Neveux, Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’ENS, rédacteur en chef de la revue Théâtre/Public.
Dans son ouvrage publié en 2026 à la Fabrique « Brecht et les mauvais temps nouveaux » Olivier Neveux fait émerger les deux questions du politique et du populaire à travers l’oeuvre du dramaturge Bertolt Brecht et son influence jusqu’à nos temps contemporains.
Ces deux questions seront reprises et développées, pour contrer les idées toutes faites qui font de l’art une citadelle isolée ou au contraire un outil de propagande.
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Samedi 5 décembre • 17h • Cinéma Juliet Berto (Passage du Palais de Justice, Grenoble)
LES TRAVERSÉES
« Émergences » est un programme municipal qui construit année après année les conditions d’une expression libre pour la jeunesse grenobloise. Dans ce cadre, adolescent·es et jeunes adultes s’essayent à l’écriture, souvent biographique. Entre introspection et discussions collectives, c’est un portrait des préoccupations d’une génération qui se dessine.
Les traversées
De Les films de la Villeneuve - 2026 - 30' - France
Production : Les films de la Villeneuve

Dans le cadre du projet « Émergences » porté par la Ville de Grenoble
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LES INVITɕES
Aya Cissoko
Née en 1978 de parents maliens, Aya Cissoko grandit à Ménilmontant, quartier populaire du XXᵉ arrondissement de Paris. Boxeuse et écrivaine française, elle est sacrée championne du monde amateur de boxe française en 1999 et 2003, puis de boxe anglaise en 2006.
En 2011, elle coécrit avec Marie Desplechin un premier ouvrage autobiographique « Danbé » (Calmann-Lévy, 2011), en 2016 elle publie « N’ba » (Calmann-Lévy, 2011), puis « Au nom de tous les tiens » (Le Seuil, 2022).
Samah Karaki
Née en 1984, est une neurobiologiste et chercheuse franco-libanaise. Docteure en biologie, elle vulgarise des sujets liés aux neurosciences dans les médias.
Elle est l’autrice de trois ouvrages : « Le talent est une fiction » (JC Lattès, 2023), « L’empathie est politique : Comment les normes sociales façonnent la biologie des sentiments » (JC Lattès, 2024) et « Contre les figures d’autorité : Comment notre cerveau se laisse séduire par les auteurs, les génies, les héros » (Rue de L’échiquier, 2026).
Marwan Mohammed
Né en 1975, est un sociologue français. Docteur en sociologie, il est Directeur de recherche au CNRS, où ses travaux portent principalement sur les normes, les déviances, les jeunesses populaires et le racisme.
Il est auteur notamment de « Islamophobie : Comment les élites françaises fabriquent le problème musulman », avec Abdellali Hajjat (La Découverte, 2013), « Y a embrouille. Sociologie des rivalités de quartier » (Stock, 2023) et « C’était pas gagné ! De l’échec scolaire au CNRS, histoire d’une remontada » (Le Seuil, 2024).
Olivier Neveux
Né en 1975, est professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre à l’ENS de Lyon, et rédacteur en chef de la revue « Théâtre/Public ».
Il est l’auteur, notamment, de « Brecht et les mauvais temps nouveaux » (La Fabrique, 2026), « Contre le théâtre politique » (La Fabrique, 2019) et « Politiques du spectateur » (La Découverte, 2013).
Jean-Michel Richard · Marc Le Men · Rachid Aït-Sidhoum
Représentent à l’occasion de Cinéma de quartier l’association dauphinoise de coopération franco-algérienne. Fondée en 1955 sous le nom d’ADNA en pleine guerre d’Algérie, notamment par le prêtre Paul Muzard, l’association s’est d’abord investie dans l’accueil et la solidarité envers les travailleurs immigrés dans la région dauphinoise. Devenue l’ADCFA en 1962, elle a activement oeuvré pour l’alphabétisation, le logement décent et l’insertion sociale et professionnelle des familles algériennes. Durant plusieurs décennies, cette structure a joué un rôle clé de médiation interculturelle et de soutien aux droits humains en Isère.
Ugo Simon
Né en 1992, est diplômé de Sciences Po Paris, il entre à La Fémis au sein du département montage en 2017. Au cours de sa scolarité, il a monté une dizaine de courts métrages et a réalisé son premier film, « Tilleen », qui a été sélectionné au Cinéma du Réel 2021. « Frères » (2021) est son deuxième film.
Wissam Xelka
Né en 1991, est militant décolonial et membre de « Paroles d’honneur », une émission de débat politique proposant un autre regard sur l’actualité en faisant entendre les voix des quartiers et de l’immigration postcoloniale en France. Il est aussi doctorant en sociologie et streamer.
Cinéma de quartier est une proposition de l’association des films de la Villeneuve, en collaboration avec la Cinémathèque de Grenoble, et en partenariat avec Émergences, News FM, le Centre des arts du récit (Théâtre Prémol) et l’Université Grenoble Alpes.
Ce projet est soutenu par le CNC, la Ville de Grenoble, Grenoble Alpes Métropole, la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.
