Contre-histoires du cinéma | Tarzan vous salue bien !

Publiée le 16 octobre 2020

Cinémathèque

TARZAN VOUS SALUE BIEN !

Tarzan ? Qui ça ? Il n’est peut-être pas aussi célèbre, pour un regard de 2020, que James Bond ou Batman, c’est vrai. Mais au moins a-t-il le mérite, au sein de la longue galerie des héros de papier ou de pellicule, de gagner haut la main en matière d’antériorité et de longévité. Question :  pourquoi une telle longévité, pourquoi la pérennité d’un personnage plus que centenaire qui, de par ses origines modestement feuilletonesques au début d’un siècle où le genre foisonnait, et de par le cadre géographique dans lequel il évoluait – une Afrique encore coloniale et totalement mythifiée – aurait dû depuis longtemps sombrer dans l’oubli ?  Créée en 1912 par un encore obscur feuilletoniste de 37 ans du nom d’Edgar Rice Burroughs, qui fut aventurier, cow-boy, et servit même dans le 7e de cavalerie rendu célèbre par le destin du lieutenant-colonel Custer, Tarzan of the Apes, l’histoire de cet enfant perdu élevé par des singes, les “grands anthropoïdes” selon leur auteur, et qu’on découvrira être le descendant de la noble famille anglaise des Greystoke, aurait dû rester œuvre unique. Mais le destin, à savoir la ferveur populaire devait en décider autrement. D’autres livres (il y en aura 27 jusqu’en 1949 et la mort de Burroughs l’année suivante) vont suivre, une première adaptation cinématographique dès 1916, même s’il faut attendre 1929 pour ce qui est de la bande dessinée, où entre autres un Burne Hogarth s’illustra magnifiquement… Et depuis, combien de comics (20 000, a-t-on compté !), de long-métrages, de séries, de téléfilms ?

Il y a des raisons à cela. Tarzan est un héros atypique qui, même s’il procède lointainement de Robinson Crusoé, de Mowgli, de la légende parfois vérifiée des « enfants sauvages », c’est essentiellement un individu parti de rien, un homme surgi de nulle part et « qui s’est fait tout seul », caractérisation qui ne pouvait que séduire les lecteurs, puis les spectateurs de ce qui n’était plus tout à fait le « monde des pionniers », mais dont la mythologie avait la vie dure. Une mythologie, un mythe, qui devait  rapidement toucher le monde entier – à travers les films il est vrai plus que par des romans ayant une fâcheuse tendance à sombrer dans l’oubli – forgée sur un symbole de liberté, de justice aussi, car  il  faut souligner que Tarzan, nonobstant nombres d’analyses hâtives, n’a jamais été, bien que seul Blanc au milieu des Noirs, un représentant agissant du colonialisme, à voir son attitude envers les explorateurs, vrais colonisateurs et tueurs en masse de faune sauvage, les chasseurs d’ivoire en particulier, constante qui rejoint  après un long détour d’aventures les plus diverses, les préoccupations écologiques d’aujourd’hui quant à la préservation de la nature.

Pour faire ou refaire connaissance avec Tarzan, nous aurions pu choisir de projeter Greystoke, La Légende de Tarzan, réalisé en 1984 par Hugh Hudson, très fidèle au premier roman de Burroughs et où Christophe Lambert interprète de façon sans pareil un juvénile “Seigneur de la jungle”. Nous avons pourtant préféré, à cette œuvre magistrale mais sans doute trop connue,  un retour aux sources, en tout cas la plus célèbre d’entre elle, constituée par les 12 films en noir et blanc interprétés par Johnny Weissmuller entre 1932 et 1948, avec le premier d’entre eux, le meilleur aussi, Tarzan, l’homme-singe (Tarzan the Ape Man), qui réunit un générique exceptionnel, avec à la réalisation Woody S. Van Dyke, documentariste, coréalisateur avec Robert Flaherty d’Ombres blanches (White Shadows in the South Seas) et, dans le rôle principal, un Autrichien de naissance nommé Johan Peter Weissmüller, né le 2 juin 1904 et devenu dans sa patrie d’adoption, sous le nom de Johnny Weissmuller, un nageur olympique hors pair, vainqueur de 57 championnats nationaux, titulaire de 67 records du monde et n’ayant jamais perdu une seule course. Le cinéma qui, après une période hasardeuse de Tarzan muets cherchait, pour un premier film sonore, un Tarzan “vierge”, ce fut lui, cet inconnu d’une présence nature exceptionnelle, sa gaucherie de « sauvage » comprise et qui, pour six films, va former avec Maureen O’Sullivan, sa Jane, un couple aussi glamour qu’en parfaite osmose, avec l’attirance de la Belle pour la Bête, aux images d’une sensualité troublante ayant su s’échapper, avant l’étouffoir du code Hayes, aux standards de l’époque. Quand la magie est là, il n’y a plus qu’à se laisser porter.

Jean-Pierre Andrevon,
auteur de Tarzan, l’homme sauvage – Actualité d’un mythe (Éditions Vendémiaire)

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