Cycle Planète Terre !

Publiée le 20 janvier 2020

Cinémathèque

PLANÈTE TERRE !

Quelle est notre maison ? Rien moins que la Terre dont on ne peut s’échapper, à la date d’aujourd’hui en tout cas. D’où une inquiétude légitime : qu’en faisons-nous et qu’allons-nous en faire de cette maison ? Et nous humains, serons-nous encore de la partie demain ? Question que se posait déjà, en 1910, Rosny Aîné dans La Mort de la Terre, causée par un assèchement progressif des océans ou cinquante ans plus tard John Graham Ballard quand il publie entre 1962 et 66 une tétralogie où il s’amuse à perturber les conditions géo-climatiques de la planète, avec Le Monde englouti (amazonisation), Le Vent de nulle part (sécheresse) et La Forêt de cristal (pétrification végétale).

Plus sérieux, Le troupeau aveugle de John Brunner en 1972 (pollution alimentaire et environnementale généralisées), élève à notre proche futur un monument d’une acuité incomparable… qui pourrait avoir été écrit en 2020. Quant à Ward Moore dans Encore un peu de verdure (1947), il exploite de manière percutante et drolatique une invasion végétale provoquée par une mutation artificielle de semences – OGM, nous voilà ! Un autre danger qui guette Gaïa, dont on a bien compris que sa surface n’est pas extensible, est la surpopulation. Nous ne sommes pas loin de huit milliards aujourd’hui, n’est-ce pas ? Et demain ? Et après-demain ? John Brunner, avec le talent visionnaire qu’on lui connait, a dressé avec Tous à Zanzibar (1968) un panorama inégalé d’un an 2010 (héhé) où l’on se marche littéralement dessus, thème qu’au cinéma Richard Fleischer a repris, adaptant lui un roman de l’Anglais Harry Harrison, avec Soleil vert (1972), une réussite implacable où l’on ramasse littéralement les gens à la pelle. À l’inverse, le temps des multitudes ne cède que très rarement place à la pénurie brutale d’habitants. Comme l’exploite P. D. James et Les fils de l’Homme (The Children of Men, 1992), qui nous décrit un monde de 2021 sombrant dans l’anarchie parce que les naissances y ont cessé depuis vingt ans, roman adapté au cinéma de manière retentissante par Alfonso Cuaron en 2006. Autre remède, le conflit nucléaire généralisé en guise d’éradication totale, que le cinéma, US essentiellement, a largement exploité : voir Le Dernier Rivage de Stanley Kramer, Fail Safe de Sydney Lumet, Dr. Folamour de Kubrick, en se gardant d’oublier les romans qui les ont inspirés, de Nevil Shute pour le premier, sur l’odyssée prenante du dernier sous-marin, d’Eugene Burdick et Harvey Wheeler pour le second, Peter George pour le dernier. Ce qui ne doit pas non plus nous faire négliger les méfaits de l’atome dit civil, que Tchernobyl et Fukushima ont illustré de manière incontestable, exploitée dans le premier cas par une série télé récente (Chernobyl, de Creg Mazin, au réalisme terrifiant), et dans le second, entre autres, par The Land of Hope de Sono Sion en 2012.

Reste le dernier article en date au rayon des catastrophes que l’écologie malmenée de Gaïa nous prépare : les changements climatiques, causés par l’accumulation dans l’atmosphère de gaz à effets de serre, qui prévoit pour fin du siècle une élévation de la température de 2° à 5,8° — le second chiffre étant à éviter absolument. D’où sécheresse ici, pluies diluviennes et tornades ailleurs. C’est dès la fin du XIXe siècle que la corrélation avait été faite, par le chimiste suédois Svante Arrhénius, entre la présence de CO2 dans l’atmosphère et l’inexorable élévation de la température moyenne du globe. Un très riche terreau, qui a commencé à donner ses pousses, comme en témoigne le féroce Un ami de la Terre de T. C. Boyle (2000) où, en 2025, un vieil hippy tente désespérément de sauver le zoo où il a réuni quelques misérables animaux arrachés aux pluies acides et aux épidémies qui les ont décimés. Gros temps, de Bruce Sterling, se passe de commentaire, mais, s’il est un ouvrage sur les bouleversements climatiques à se détache du peloton, c’est bien La mère des tempêtes de John Barnes, dont le titre est éclairant, surtout que, dans la version poche de l’ouvrage, celui-ci est agrémenté d’une préface de Gérard Klein qui nous explique que le climat pourrait fort bien s’emballer jusqu’à un “effet Vénus”, soit une montée irréversible de la hausse des températures qui verrait l’extinction totale et définitive de la vie sur Terre.

Devant la réalité comme l’imminence de la menace, il est devenu difficile pour un auteur de sf d’ignorer l’effet de serre et ses résultats, s’il veut illustrer de manière réaliste et crédible notre très proche futur. L’eau étant l’envers de la sécheresse, on revient à ce bon vieux déluge, comme Kim Stanley Robinson et sa trilogie climatique : Les Quarante Signes de la pluie, Cinquante degrés au-dessous de zéro, Soixante jours et après (2004-2007), où l’élévation de la température provoque une évaporation excessive, d’où pluie diluvienne, baisse des température, neige et glace — une éventualité à prendre plus qu’au sérieux. Un thème qui risque de faire des petits dans les années qui viennent. Et alors ? On l’a bien cherché. Cependant, pour ne pas plonger le lecteur dans le désespoir absolu, reste l’hypothèse qu’après la catastrophe, lente ou brutale, la renaissance peut s’amorcer, les survivants adoptant alors un pastoralisme bucolique et un communisme primitif (mis en scène avec brio par Robert Merle dans Malevil, 1972, qui y ajoute le communautarisme sexuel), dont le film éponyme de Christian de Challonge en 1981 ne rend qu’imparfaitement compte. S’en sortir, néanmoins, demande des efforts, l’humanité n’ayant aucune envie de retomber dans l’ornière technologique, ainsi que le constate le héros de La Terre demeure de George Stewart (1949). Mais la fin du monde (entendez : de l’électricité, dont on sait depuis Lénine qu’elle est un de ses deux piliers) peut aussi être accueillie avec joie par Barjavel dans Ravage (1943) même si, le plus souvent, on retrousse ses manches en lambeaux et on essaye de recréer ce qui existait avant. Ce que fait David Brin (Postman, 1985), en rétablissant le service postal US, pièce indispensable à la remise en marche de la société et dont le film de Kevin Costner en 1998, très injustement malmené par la critique, donne une image positive. Quoi qu’il en soit de ce qui nous attend – et l’avenir, comme aurait pu l’écrire monsieur de La Palice, est devant nous – l’écologie en est une donnée incontournable, la clé de notre survie. Que la littérature, et à sa suite le cinéma, nous en donnent des images contrastées est en tous cas toujours bon à prendre. Ce que la Cinémathèque de Grenoble, à travers un cycle dont on trouvera le détail dans ces pages, ne pouvait que prendre en compte.

Par Jean-Pierre Andrevon.

Planète Terre : le cinéma fasciné par la nature

La nature est un sujet dont le cinéma se régale depuis ses débuts. A la fois forte et fragile, nourricière et destructrice, immense et minuscule, la planète Terre peut-être à la fois décor et personnage.

Le cycle que nous vous proposons est l’occasion d’interroger plusieurs de ces représentations, dans des films de fiction, et pourrait se prolonger longtemps, au vu de la multitude de films consacrés à ces sujets.

Présenter un film de Hayao Miyazaki était une évidence, tant le cinéaste japonais emprunt chacune de ces œuvres d’un rapport essentiel à la nature. Nous avons choisi de programmer Princesse Mononoké (1997), qui interroge frontalement la responsabilité des hommes dans la destruction de la nature et sa rébellion. Car la marque de l’homme et sa capacité à détruire la planète est un leitmotiv qui imprègne le cinéma mondial, et tout particulièrement le cinéma japonais. Ainsi, The Land of hope, de Sion Sono (2012) est un écho direct à la catastrophe de Fukushima en 2011. Quand souffle le vent (1986), de l’américain Jimmy T. Murakami, est l’adaptation de la bande dessinée de Raymond Briggs (1982), et repose sur le contraste puissant entre un dessin doux et apparemment naïf et la violence liée à l’explosion nucléaire.
De cette violence, le cinéma nourri de science-fiction, s’en est inspiré pour raconter des dystopies effrayantes, où détruite, la Planète Terre n’est plus que désolation ou forces dévastatrices. Ainsi Le Mur invisible (2012), de l’Autrichien Julian Roman Pölsler, adaptation du roman homonyme de l’Autrichienne Marlen Haushofer (1963) ou La Route (2009) de l’américain John Hillcoat interrogent chacun à leur façon la solitude d’humains livrés à eux-mêmes, et l’apprentissage de la survie dans une nature hostile.
Wall-e (2008), de l’américain Andrew Stanton sur une tonalité d’apparence plus légère met en lumière ces mêmes thématiques post-apocalyptiques, et interroge frontalement la responsabilité humaine, avec toute la poésie chère à Pixar, par le merveilleux personnage du robot Wall-e. Car au-delà de la colère de la nature et de son déchaînement, c’est en passant d’un récit macroscopique au microscopique, que cette thématique est la plus angoissante, la plus émouvante. Les Bêtes du Sud Sauvage (2012), de l’américain Benh Zeitlin, avec lequel se conclura ce cycle, raconte justement, à hauteur d’enfant, le rapport singulier que nous entretenons avec notre chère planète bleue.

Par Peggy Zejgman-Lecarme, directrice de la Cinémathèque de Grenoble.

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