Godard/Truffaut

Publiée le 15 octobre 2020

Cinémathèque

Godard/Truffaut

À l’occasion de la ressortie en copie restaurée d’A bout de souffle, pour son 60ème anniversaire, c’est un plaisir de pouvoir présenter ce film de Jean-Luc Godard, Ours d’argent du meilleur réalisateur en 1960 à Berlin… et de recréer le dialogue avec un film de François Truffaut sorti la même année, Tirez sur le pianiste.

Évoquer la « Nouvelle Vague », c’est évoquer une génération de cinéastes et un moment singulier de la création cinématographique française, devenue aujourd’hui icône à part entière, alors qu’elle ne s’est créée que dans la légèreté, la liberté et l’irrévérence. Définir la « Nouvelle Vague », c’est définir en creux un groupe, une période et des références communes. Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer, Rivette, un peu plus loin Resnais, Demy, Varda… ces cinéastes ont émergé ensemble, sur un terreau commun, riche d’envies et de projets pourtant très différents.

Claude Chabrol signe Le Beau Serge en 1958 et Les Cousins en 1959, mais ce sont surtout Les 400 Coups de François Truffaut (1959) et A bout de souffle qui vont marquer les esprits et donner la tonalité de cette « Nouvelle vague ». L’inventivité dont font preuve ces jeunes cinéastes, qui bénéficient de la liberté technique offerte par de nouvelles caméras, le renouveau narratif et esthétique du cinéma français sont particulièrement incarnés dans ces deux films, qui laissent deviner, déjà, deux approches du cinéma. Comme le dit Arnaud Guigue dans Truffaut et Godard (CNRS éditions, 2014) : « Incarnant au sein du groupe issu des Cahiers du cinéma les deux tendances les plus fortes de la Nouvelle Vague ils renvoient d’un point de vue plus général à deux pôles antinomiques : au plan de l’esthétique et de la conception du cinéma. Et avec le temps ils sont devenus pour ainsi dire deux figures existentielles comme s’il fallait choisir entre être plutôt du côté de Truffaut ou du côté de Godard. »

Nous avons ainsi souhaité présenter A bout de souffle en écho au plus discret Tirez sur le pianiste. Dans ces deux films au noir et blanc magnifique, revisitant chacun à leur façon le polar, récits de destins tragiques, les cinéastes, malgré leurs différences, posent les bases d’une nouvelle expression cinématographique, d’un nouveau rapport à la création, et initient un dialogue qui va perdurer, presque malgré eux. Arnaud Guigue précise justement : « Les rapprochements entre leurs films respectifs pendant la première séquence sautent aux yeux (…). Tous deux parodient le polar américain (Tirez sur le pianiste, À bout de souffle), mettent en scène le thème du trio amoureux (Jules et Jim, Bande à part), filment un drame « bourgeois » sur l’adultère (La Peau douce, Une femme mariée), réalisent un film de science-fiction (Fahrenheit 451, Alphaville) ou tournent leur opus sur l’amour fou (Pierrot le fou, La Sirène du Mississippi). Rien de fortuit dans ces correspondances. Il est visible qu’ils travaillent alors en s’observant mutuellement. Clins d’œil, citations, hommages réciproques en témoignent directement. Ils s’influencent l’un l’autre dans leur choix guidé en partie par leur désir de revisiter les films de genre en les détournant dans un esprit Nouvelle Vague. »

Et c’est un plaisir de poursuivre ce dialogue à l’occasion de ces deux séances avec vous.

Peggy Zejgman-Lecarme
Directrice de la Cinémathèque de Grenoble

François Truffaut, Marie Dubois et Charles Aznavour, sur le tournage de Tirez sur le pianiste.

CITATIONS

« Sur le tournage Godard venait le matin avec des dialogues, écrits au jour le jour. Jean-Luc, Jean Seberg et Belmondo s’asseyaient au café du coin pour lire et répéter les dialogues, et en général très peu de changements étaient effectués au moment du tournage ».
Pierre Rissient, premier assistant de Jean-Luc Godard sur le tournage d’À bout de souffle, au sujet du film, dans un entretien mené par Olivier Père en 2014

« Tirez sur le pianiste, je crois que je l’ai fait pour une image. Dans le livre de Goodis, à la fin, il y a une petite maison dans la neige, des sapins et une route en pente: on dirait que la voiture glisse sur cette route sans que l’on entende le bruit du moteur. J’ai eu envie de réaliser cette image… ».
François Truffaut, in « François Truffaut et l’esprit critique », réalisation   J-P Chartier, INA, 1965

SÉANCES

À BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc Godard
Jeudi 22 octobre à 18h au Cinéma Juliet Berto

TIREZ SUR LE PIANISTE de François Truffaut
Vendredi 23 octobre à 18h au Cinéma Juliet Berto

Jean-Luc Godard et Jean Seberg sur le tournage de A bout de souffle.

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