Ida Lupino, réalisatrice

Publiée le 16 octobre 2020

Cinémathèque

Ida Lupino : itinéraire d’une pionnière à Hollywood

Après une première partie de carrière où elle fut une actrice convoitée, elle est devenue une cinéaste et productrice engagée : la Britannique Ida Lupino a embrassé une trajectoire singulière qui a ouvert la voie aux femmes au sein du patriarcal Hollywood de l’après-guerre. Elle a d’abord tourné avec quelques-uns des plus éminents réalisateurs du très codifié – et masculin – Hollywood des décennies 1930 à 1950, avant de s’en détacher progressivement, las d’un système qui laissait à l’évidence trop peu de place aux femmes et à leur créativité.

Si Ida Lupino est aujourd’hui considérée comme une pionnière de l’histoire du cinéma américain à bien des égards, c’est avant-tout parce qu’elle fit preuve d’une opiniâtreté sans faille pour mener, à l’écran comme hors-champ, un combat féministe chevronné contre les stéréotypes véhiculés par toute une industrie.

Paradoxalement, cette Britannique au tempérament frondeur, qui endossa plus d’une centaine de rôles au cinéma et réalisa six longs métrages de 1949 à 1953 – devenant ainsi la première actrice cinéaste -, fut l’une des grandes oubliées des récits consacrés jusqu’ici à l’âge d’or hollywoodien.

C’est le réalisateur américain Allan Dwan qui offrit en 1933 à cette jeune actrice issue du théâtre britannique – née en 1918 de parents comédiens – son premier rôle au cinéma dans Her First Affair.

Après avoir quitté la Paramount pour la Warner, cette brune aux yeux pourpres se révéla en 1939 devant la caméra de William A.Wellman, dans le mélodrame La lumière qui s’éteint (The Light That Failed).

Mais c’est après Une femme dangereuse (They Drive By Night), long métrage de Raoul Walsh sorti en 1940 et où elle incarne une femme autoritaire, qu’elle fut élevée au rang de star de sa génération.

Tantôt femme fatale, vulnérable ou indépendante, Ida Lupino enchaîna les partitions et se bâtit une réputation d’actrice au caractère bien trempé, dont la présence physique à l’écran contrasta avec le charme noble de Greta Garbo ou le glamour charnel de Marylin Monroe.

Reconnaissable à sa voix rauque et son regard mélancolique, elle symbolisa alors au sein de l’industrie hollywoodienne l’archétype de l’actrice d’apparence « dure, fermée, avec des allures de garçon », dont « les yeux sombres étaient des fenêtres ouvertes sur une passion brûlante », dira d’elle Martin Scorsese.

Le cinéaste américain fut l’un des seuls, ces dernières années, à rappeler son « essentiel » travail de réalisatrice.

Les années se succèdent et avec elles, les aspirations de la jeune femme changent. Au milieu des années 1940, la carrière d’Ida Lupino est à un tournant : sur les plateaux, celle qui possède déjà une quarantaine de films à son actif verbalise son ennui et rêve de réalisation. Au point de refuser plusieurs rôles qui lui vaudront les foudres des patrons de la Warner.

Aux côtés du producteur et scénariste Collier Young, rencontré en 1947 et qu’elle épouse, elle décide de créer une société de production qu’ils baptisent The Filmmakers. Une autre voie s’ouvre à elle.

En 1949, c’est dans la peau d’une productrice qu’elle s’attelle à l’écriture d’un scénario dont elle souhaite confier la réalisation à Elmer Clifton. L’histoire de Avant de t’aimer (Not Wanted, 1949) et de son héroïne tranche avec le traditionnel romanesque hollywoodien pour narrer le passé d’une jeune fille arrêtée pour un vol de bébé.

Mais à quelques jours du tournage, Elmer Clifton est victime d’un infarctus et Ida Lupino saisit cette malheureuse opportunité pour se lancer, enfin, derrière la caméra. Un an plus tard, elle intègre le prestigieux Director’s Guild of America, le Syndicat des réalisateurs américains. Elle réalisera cinq autres films qui seront tous des échecs commerciaux.

Ces réalisations sont toutefois autant d’opportunités pour Ida Lupino d’explorer frontalement des thématiques qui n’épousent alors pas les codes de l’industrie du cinéma américain. Inspirée par Roberto Rossellini, qui l’invite lors d’un dîner « à faire des films ordinaires sur des gens ordinaires » et à ne pas suivre l’exemple des studios hollywoodiens, elle porte à l’écran la maladie (Never Fear, 1949) ou encore l’adultère (Bigamie, 1953).

Avec Le voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953), son avant-dernier long métrage, elle devient la première femme à réaliser un film noir. « Elle montre des mâles dangereux et irrationnels, semblables en cela aux femmes telles qu’elles sont représentées dans la plupart des films noirs d’Hollywood dirigés par des hommes », dira à propos du film l’écrivain Richard Koszarski.

En 1954, The Filmmakers met la clé sous la porte faute de moyens. La fin de carrière d’Ida Lupino, qui s’achèvera à l’aube des années 1980, est marquée par la réalisation de nombreux épisodes de séries télévisées parmi les plus célèbres de l’époque, d’Alfred Hitchcock présente à Ma sorcière bien-aimée ou La Quatrième Dimension.

Elle décédera en 1995, laissant derrière elle un héritage aujourd’hui encore trop sous-estimé. « A l’heure où le mouvement #MeToo se cherche des symboles, il est temps d’attribuer enfin à Ida Lupino la place qu’elle mérite », écrit Antoine Sire, auteur de l’ouvrage Hollywood, la cité des femmes (Éditions Actes Sud-Institut Lumière).

Benoit Pavan, journaliste

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SÉANCES

AVANT DE T’AIMER de Ida Lupino
Jeudi 3 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

FAIRE FACE de Ida Lupino
Vendredi 4 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

VOYAGE DE LA PEUR de Ida Lupino
Jeudi 10 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

BIGAMIE de Ida Lupino
Vendredi 11 décembre à 20h au Cinéma Juliet Berto

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